samedi, février 25, 2012

Césars 2012 : en souvenir d’Habib, Omar nous a tuer !

Lumière « Noir ». Notre boutade oxymoronique n’est pas à ranger, SVP, dans la catégorie humour noir. Un grand noir, en effet, Omar Sy, est entré dans la légende du cinéma français hier en remportant le césar du meilleur acteur pour sa prestation dans le film Intouchable. Un film vu par 19 millions de français. Avec un tel record, il faut dire que cette 37ème cérémonie des Césars 2012 ne pouvait pas ignorer ce succès. Sans le savoir, elle vient d’écrire une des plus belles pages du cinéma français. Non pas parce qu’un Noir vient d’être récompensé, mais parce qu’elle vient de réparer, d’une certaine manière, une injustice. Celle d’avoir longtemps oublié ses talents qui illuminaient depuis longtemps de leur noirceur la scène française sans être reconnu. Les Américains avaient depuis 1964 attribué cette récompense suprême à un Noir en la personne de Sydney Poitier, en pleine période de lutte pour les droits civiques.

Mais last but not least. Au-delà de sa prestation que d’aucuns ont jugé plutôt caricatural notamment les Américains, Omar Sy n’est pas qu’un acteur méritant. C’est aussi un symbole. Pas seulement de la diversité comme tous les commentateurs de France et de Navarre se plaisent à le dire désormais, mais un symbole pour ce que cela représente pour le cinéma français. Celui-ci vient enfin de mettre fin à la longue nuit blanche traversée par ces comédiens peu habitués aux lumières, toujours dans l’ombre. Car ils sont nombreux ces Noirs avoir rêvé de cette lumière, Jacques Martial, Thierry Desroses, et j’en passe. Tous ces talents oubliés par un cinéma replié sur lui-même. Mais il n’est jamais trop tard.

L’an dernier Leïla Bekti avait déjà illuminait de sa grâce naturelle la salle du Châtelet. Aujourd’hui c’est autour d’Omar. Et Omar nous a tuer ! Avec son pas de danse théâtral, son rire bruyant, qui rappelle étrangement celui d’un aîné aujourd’hui tombé dans l’oubli. Souvenez-vous d’Habib Benglia, premier acteur noir qui marqua de son corps peint les planches parisiennes. Excellent chanteur, acrobate, l’acteur noir originaire du Soudan français, actuel Mali, marqua de son empreinte les planches de ce Paris des années 20. Il forma aussi un duo explosif avec Joséphine Baker. C’était l’époque de la vogue nègre. Le talent de l’acteur, qui jouera dans plusieurs pièces et films de l’époque, le propulse sur le devant de la scène médiatique et le rend populaire auprès des Français et des Françaises. Mais au lendemain du second conflit mondial, l’acteur tombe dans l’oubli et meurt dans l’indifférence. En intitulant cet article, « en souvenir d’Habib », c’est aussi une façon de lui rendre hommage et de lui témoigner d’avoir ouvert la voie à des Omar Sy et à bien d’autres, car il fut le premier noir à émerveiller la scène hexagonale par son talent.

lundi, février 20, 2012

Sénégal : que se passe-t-il au Sénégal ?

Après avoir longtemps incarné le modèle à suivre en Afrique en matière d’alternance démocratique, le Sénégal subit, depuis quelques semaines, les soubresauts d’un mouvement populaire de contestation à la fois politique et social. En ligne de mire, la candidature d’Abdoulaye Wade qui veut briguer un troisième mandat après s’être prononcé par le passé sur son retrait de la vie politique. Devant la gravité de la situation dans laquelle de nombreuses personnalités de la vie publique sénégalaise sont impliquées, l’on ne résiste pas à ces deux interrogations. Ce mouvement de contestation est-il le reflet d’un ras-le bol profond de la société civile sénégalaise face à cette candidature de trop du président sortant ? ou s’agit-il tout simplement du zèle incontrôlé d’une opposition en mal d’inspiration qui y a trouvé là un moyen d’assouvir ses objectifs en se servant de la jeunesse et en foulant la constitution sénégalaise ?
Il est difficile de réponde à ces deux questions tant il demeure un faisceau inextricable de raisons qui expliquent ce ras le bol, disons-le, d’une partie de la population sénégalaise. Chômage, prix élevé des denrées de première nécessité comme le sucre, le maïs, paupérisation d’une partie de la population sous l’effet de la crise économique, tels sont les ingrédients de ce cocktail explosif qui menace d’emporter une des plus vieilles démocraties du Continent. S’ajoute à cela, la corruption généralisée d’une partie des élites sénégalaises qui ont longtemps tourné le dos au peuple au profit de leurs carrières politiciennes. Pourtant, Wade, en doux ans, a fait mieux que ses prédécesseurs : construction des routes, modernisation des infrastructures de santé, d’éducation etc. Le bilan est loin d’être parfait mais les progrès sont tangibles. Il semble donc que cela ne suffit plus à calmer les ardeurs d’une jeunesse qui a plus que soif de changement. L’ère Sopi est derrière les sénégalais, et certains se sont retrouvés dans les mouvements de contestation comme le M23 ou encore le Collectif Y en a marre ? Mais qui est derrière ces mouvements ? Qui soutient ces collectifs chargés de contester la légitimité de Wade de briguer un troisième mandat ? On l’ignore.

Contre la « monarchisation » du Pouvoir ?

Mais ce que l’on sait c’est qu’une partie du peuple sénégalais ne veut pas de la monarchisation du pouvoir. Comprendre l’installation des « fils de président » au poste occupé par papa et ceci, dans le mépris des règles élémentaires d’une démocratie. L’on sait que l’obsession de Wade, avant son départ, est de caser son fils Karim qui a déjà échoué lorsque ce dernier a voulu prendre la mairie de Dakar. Mais apparemment le « vieux chauve » ne l’entend pas de cette oreille, qui a décidé coûte que coûte de baliser la voie à son fils. Etrange conception de la vie politique pour un avocat qui avait dû attendre 25 ans avant que les allées du pouvoir lui soient ouvertes. Le vieux a perdu la patience du jeune opposant qu’il fut. Il veut forcer le destin de son fils. Mais c’est aussi le meilleur moyen de ne pas lui rendre service. Car en s’obstinant comme il le fait, il compromet un peu plus l’avenir politique du fils prodige qui aura à gérer l’image désastreux de son géniteur jusqu’auboutiste.

Wade l’arroseur arrosé

Wade fait partie de ces présidents qui ont soutenu les manœuvres de la communauté internationale quand celle-ci s’est attaquée à certains pays africains qui se battaient pour leurs souverainetés (Côte d’Ivoire, Libye). Il a joué au malin pendant ces crises, en roulant les mécaniques avec son ami Campaoré du Burkina Faso, lui aussi échaudé, un temps, par une vague de contestation dans son pays. Il a été sauvé in extrémis par la France. Aujourd’hui c’est au tour du Vieux de connaître le sort des présidents déchus. Comme dit l’adage, « quand tu veux monter en haut du cocotier, assures-toi d’avoir le derrière bien propre ». Apparemment pour le vieux ce n’est pas le cas. Autant vous dire cela risque d'être chaud pour le scrutin du 26 février.

samedi, février 18, 2012

R.I.P : Goodbye Whitney !

Newark (New Hope Baptist Church). C'est là qu'a eu lieu samedi la cérémonie religieuse retransmise à la télévision ayant rendu un dernier hommage à la Diva décédée. Une cérémonie, sobre, digne, émouvante, dans la pure tradition des églises baptistes avec le prêche spectaculaire du Reverend Marvin Winans qui enflammé l’assistance. Plusieurs stars étaient présentes (Revs. Jesse Jackson, Al Sharpton, Oprah Winfrey, Beyoncé et Jay-Z etc.), certains se sont succédé à la tribune pour partager leurs souvenirs et lui témoigner son amour. Parmi les prestations marquantes et remarquées, l’on n’oubliera pas celle de R. Kelly qui a interprété « I Look to You » incluant les paroles de “After all my strength is gone, in you I can be strong.”. Steve Wonder avec son coup de piano légendaire a aussi immortalisé ce dernier moment partagé avec la Diva, en réinterprétant spécialement les paroles de « Ribbon in the Sky" transformées en "An angel of God's choir of love" honorant ainsi la mémoire de la chanteuse. Son partenaire dans « Bodyguard », Kevin Costner a aussi ému l’assistance déclarant « il y a une femme au ciel qui doit en ce moment émerveiller Dieu lui-même se disant comment a-t-il fait pour créer une chose aussi parfaite ». Alicia Keys a tenu à dire que Whitney l’avait inspiré comme beaucoup d’autres chanteuses de sa génération Brandy, Monica et Jordin Sparks. Elle a ajouté « qu’elle nous a aidées à se sentir forte, capable, à être aimer ». « Whitney est un ange pour nous », a-t-elle poursuivi avant de lui dédier sa chanson « Send Me an Angel ».

Enfin, son ex-mari Bobby Brown qui est apparu furtivement aux funérailles accompagné de neuf autres personnes n’a pu finalement assisté à la cérémonie. Lui qui tenait à rester aux côtés de sa fille Bobbi Christina est reparti après un malentendu avec la famille de la défunte. Dans un communiqué transmis à l’Ap, il a tenu à expliquer les raisons de son départ précipité. C'est au moment où résonne dans l'église la chanson "I will always love you" composée par la défunte chanteuse que le cercueil est transporté à l'extérieur. Sa mère Cissy Houston en tête. Agé de 48 ans, seulement, Whitney reposera au cimetière de Fairview dans le New Jersey où repose déjà son père, John Russell Houston, décédé en 2003.



mercredi, février 15, 2012

Alain Mabanckou et son étonnant « verbe cassé » sur les Noirs de France

Ecrivain multi-récompensé, Prix Renaudot 2006 et aujourd’hui fierté française en Amérique où il enseigne, Alain Mabanckou, d’origine congolaise, est aujourd’hui une icône de cette « France noire » qui a décidé de briser le mur dressé entre elle et la République. En parlant de mur, il y a en un qui tient particulièrement à cœur à l’écrivain franco-congolais et qu’il a décidé de faire tomber d’un trait de plume : le sanglot de l’homme noir. Comprendre, les pleurnicheries et jérémiades inutiles qu’entretiendraient les Noirs au sujet de leur passé colonial et esclavagiste. Pour l’écrivain, les Noirs doivent cesser de se plaindre des humiliations du passé qui leur ont été infligées. En gros, les Noirs doivent cesser de pratiquer le culte de la victimisation, cette forme d’autoflagellation qui confine à l’inaction et à l’immobilisme. Ce discours a provoqué un véritable tollé au sein de la négrosphère hexagonale. Plusieurs personnalités, parmi lesquelles l’historien de la diversité François Durpaire, ont tenu à manifester leur désaccord par rapport à un discours qu’ils jugent caricatural et stigmatisant. Sur le plateau d’Avant-premieres du 26 janvier 2012 sur France 2, l’historien a eu à rappeler son opposition à l’écrivain qui ne s’est pas du tout démonté et a réitéré son analyse pour le moins suranné.

En effet, ce discours de Mabanckou, aux effluves nietzschéens, sommant aux Noirs d’oublier leur histoire, est d’autant plus étonnant qu’en 2012, l’on n’a nulle part vu des Nègres en train de se lamenter sur leur passé. D’où vient cette obsession de Mabanckou sur les Noirs de France et leur passé ? L’écrivain serait-il en train de confondre 2005 et 2012. En effet, en 2005, un débat avait surgi sur le passé de la France dessinant deux Frances, celle des bâtards de la république (les descendants de colonisés) et celle des enfants légitimes (les français de souche). Ce débat, qui avait eu le mérite de soulever d’importantes questions quant à la prise en compte de l’histoire des bâtards dans le récit national, s’est achevé avec la première journée commémorative de l’esclavage le 10 mai 2006 décidé par Jacques Chirac sous l’effet des émeutes de l’automne 2005. Ainsi, l’on reste un peu ba.ba quant à la verve nostalgique de l’écrivain qui passe pour Monsieur contre-temps à défaut d’être la plume de la prise de conscience.

Dans le même registre de l’autoflagellation, l’écrivain n’y est pas encore allé de main morte sur l’hypothétique communauté noire dans la préface qu’il lui a consacrée dans le livre collectif éponyme goupillé par l'historien Pascal Blanchard. Pour rappel, ce livre retrace la saga de ces citoyens bâtards dans la société française depuis le 17ème siècle à nos jours. A bien des égards, cette préface aurait pu être rangée dans le placard de mauvaises plaisanteries. Mais son ton particulièrement consternant, dégoulinant de poncifs regrettables, ne nous pas échappé tant il rappelle un peu le discours que tenaient les « House Negros » dont parlait Malxom X par opposition aux « Field Negros ». L’expression n’est pas de nous, mais c’est le qualificatif que François Durpaire a utilisé au sujet de ce discours pendant leur confrontation sur le plateau d’Avant-premières. Voici ce qu’écrit l’une des belles plumes au demeurant de cette nouvelle génération d’écrivains francophones. Jugez-en par vous-même :

« La composition hétéroclite de la France noire m’a toujours conduit à réfuter l’idée l’existence d’une « communauté noire » française. Une telle communauté aurait nécessité une histoire commune ou du moins une idée centrale qui, si elle était foulée par la République, donnerait au groupe le sentiment de marginalisation ». Or qu’y a-t-il de commun, en dehors de la couleur de peau, entre un Noir en situation régulière qui étudie à Sciences-Po, un sans-papiers d’Afrique de l’Ouest, un réfugié haïtien ou un Antillais de couleur qui, normalement, vient d’un département considéré comme une portion du territoire français ? Rien. En général, ils ne se connaissent d’ailleurs pas et placent leurs rapports sur les vestiges des préjugés nés du monde occidental et qui ont justifié l’esclavage ou la colonisation. En France, le sénégalais, le Réunionnais et le Congolais sont des étrangers entre eux, ne parlant pas une langue commune venue d’Afrique mais le français. Et il en va ainsi de la plupart des Africains. Fiers d’être des sœurs et des frères noirs, fiers de venir du « berceau de l’humanité », d’un peuple qui a « beaucoup souffert », tout laisserait à penser qu’en France ils seraient dans une communauté très soudée. Grave erreur. Ils ne peuvent fonder leur lien sur l’histoire de l’esclavage (ou celle de la colonisation) parce que la plupart des sociétés ont subi ces dominations – faut-il d’ailleurs rappeler l’esclavage fait par des Noirs contre les Noirs ? La race noire ne pourrait donc revendiquer éternellement le funeste monopole de la victime. Pour que l’esclavage eût été le moteur d’une communauté en France, encore eût-il fallu que les Noirs aient pour la plupart échoué dans ce territoire par le bais de ce trafic. Ce qui n’est pas le cas. » Alain Mabanckou préface de la France noire de Pascal Blanchard. P. 7

mardi, février 14, 2012

Elections 2012: équipes de campagne et « diversité » ne font bon ménage

Alors que Nicolas Sarkozy annoncera officiellement sa candidature mercredi, Le Negropolitan a voulu jouer le poil à gratter des équipes de campagne des prétendants à l’Elysée. Sans grande surprise, elles lavent encore très blanc, même si certaines améliorations ont été constatées au sein de quelques formations.


Au niveau des grands partis, c’est le PS qui affiche le plus de couleurs en alignant quelques figures de la diversité y compris dans la direction de campagne. Parmi les heureux basanés appelés à rejoindre la dream team du candidat socialiste, citons pêle-mêle, Yocobina Makanda, coordinatrice du cabinet de François Hollande dirigé par Faouzi LAMDAOUI. Ce dernier n’est pas le seul maghrébin puisque Kader Arif a hérité le maroquin de la coopération. Georges Pau-Langevin, Sofia Otokoré et Christiane Taubira, sont notées dans l’organigramme, mais leurs fonctions restes imprécises (Questions sociétales pour la première, chargée de mission pour la seconde et représentante particulière pour la dernière). Pas de quoi donc fouetter une gazelle.

L’UMP, qui a fait le ménage avant l’entrée en scène de son candidat en chassant du basané hors de ses territoires, n’affiche pour l’heure aucune couleur. L’équipe restreinte déjà annoncée qui accompagnera le président sortant ressemble au manteau blanc de l’hiver. L’on ignore si Monsieur Guéant, annoncé en maître des cérémonies de la campagne, pourra faire de la place à des sauvageons et sauvageonnes venus des civilisations inférieures. Ca c’est pas gagné. En matière de civilisation, le FN, autre vestige du discours suprématiste, n’a pas dérogé à la règle, alors que le parti attire désormais des identitaires basanés déçus de la gauche républicaine. S’agissant de ces basanés, si la vétérane Huguette Fatna continue de traîner avec la bande à l’ex-borgne, Yves Munguama n’a pas eu cette chance. Selon le site F.desouche, le bantu aurait été tout simplement expulsé du comité de soutien de Marine Lepen dirigé par l’avocat Gilbert Collard.

Autre parti à se distinguer dans la chasse au basané, les Verts. Après avoir refusé par le passé les services de son ancien porte-parole Stéphane Pocrain, Europe-Ecologie restent toujours verte. L’on attend toujours que le fruit murisse en matière de diversité, même si Jean Placé est devenu entre temps l’arbre qui cache la brousse. Ce dernier est d’ailleurs bien placé dans son rôle de président de campagne. De la brousse au Modem, il n’y a aujourd’hui qu’un pas grâce à la magie de la technologie. Le parti, effet, connaît peu de difficultés de connexion en la matière, car, il affiche Abdoulatifou Aly et Thierry Robert. Venus des DOM ROM, le premier est Député de Mayotte, il siège à la commission des lois de l’Assemblée nationale ; le second est Maire de Saint-Leu, sur l’île de la Réunion, depuis 2008, il est aussi vice-président du Conseil général. Enfin, concernant les petits candidats, les équipes restent introuvables. Apparemment Philipe Poutou, Dominique De Villepin, Nathalie Arthaud et Frédéric Nihoud, ont choisi de faire la bamboula dans leur coin comme les médias meanstream le laissent entendre. En attendant le décryptage du contenu des programmes, l’affiche des présidentielles 2012 est bien pâlotte.

lundi, février 13, 2012

Diaspora : certains afro-américains refusent le terme africain-americain

C’est un article publié par le site afro-américain Blacknews.com daté du 7 février qui apporte cette révélation sous le titre "African American, Black American or Just American?". Certains afro-américains rejettent le terme africain-americain. Un sentiment grandissant parmi certains citoyens afro-américains depuis l’élection de Barack Obama. Selon le tabloïd en ligne, ces derniers rejettent l’appellation africain-américain parce qu’ils la jugent étrangère voire éloignée quant à la réalité de leur vécu en tant que citoyen américain et ils disent préférer le terme « black » utilisé pour qualifier les captifs africains pendant l’esclavage. Celui-ci, d’après eux, est le plus approprié pour les définir. Comment expliquer ce retour en arrière ? Quelles sont les raisons qui expliquent le rejet de l’ethnonyme « africain-américain » ? Un terme qui représentait encore, il y a quelques années, un consensus parmi l’élite noire des Etats-Unis qui avait choisi de le populariser, dans les années 80, au détriment de black american pour rappeler le lien qui unit les afro-américains à la terre-mère l’Afrique, le continent de leurs ancêtres.

Un débat relancé par l'éléction de Barack Obama

Le débat sur l’appellation des afro-américains a surgi dans la sphère publique états-unienne au moment de l’élection de Barack Obama. L’actuel président américain avait fait l’objet de critiques de la part de certains afro-américains qui le jugeaient peu représentatif des africains-américains et le considéraient alors comme un immigré africain. En effet, le président démocrate est né d’un père immigré kenyan et d’une mère blanche américaine. Théoriquement, il n’est pas africain-américain au sens orthodoxe du terme, c'est-à-dire, qu’il n’est pas en tant que tel un descendant d’esclave. Pour certains intégristes afro-américains, l’appellation africain-américain doit être exclusivement réservée aux descendants d’esclaves. D’où la polémique qui avait refait surface pendant la campagne du candidat démocrate devenu président qui avait préféré, à l’époque, se situait au dessus de la mêlée. Pourtant métis, il fera son coming out sans problème, montrant sa carte d’identité avec la case cochée « blackamerican ». Le débat était clos. C’est clair que l’actuel occupant de la maison blanche n’a aucun problème avec son identité qu’il assume parfaitement, mais préférant, en fin tacticien politique, de choisir la ligne au milieu. Parler non pas aux Noirs mais à l’Amérique. La suite nous la connaissons.


Le retour au mot black

L’élection de Barack Obama, qui semble-t-il a inauguré l’ère post-raciale aux Etats-Unis, est allée de pair avec l’attachement de nombre d’Afro-américains à leur pays d’adoption. Comme si cette élection avait enterré les années de divorce, la hache de guerre entre afro-américains et un pays qui, il y a juste cinquante ans, se montrait encore hostile à leur égard. Et c’est pas fini, car l’Amérique n’a pas totalement enterré ses vieux fantômes. Dans certaines villes du sud, le Nègre est encore accueilli par des pancartes un peu spécial « Nigger out ». C’est dans cette ambiance aux effluves soit disons postraciales, que certains afro-américains se mettent à prendre leurs distances avec l’Afrique. Ils veulent juste qu’on les appelle « Américains » sans plus ou encore « black », un terme plus neutre. Ils disent ne pas renier leur héritage africain, mais rappeler cet attache dans leur ethnonyme n’est pas justifié tant leurs vies, leurs parcours paraissent très éloignés de ce continent qu’ils ignorent. Parmi les témoignages que rapporte le tabloïde virtuel, citons celui de :
Shawn Smith « “I prefer to be called black,” said Shawn Smith, an accountant from Houston. “How I really feel is, I’m American.”“I don’t like African-American. It denotes something else to me than who I am,” said Smith, whose parents are from Mississippi and North Carolina. “I can’t recall any of them telling me anything about Africa. They told me a whole lot about where they grew up in Macomb County and Shelby, N.C.
Gibré George, an entrepreneur from Miami, started a Facebook page called “Don’t Call Me African-American” on a whim. It now has about 300 “likes.”
“We respect our African heritage, but that term is not really us,” George said. “We’re several generations down the line. If anyone were to ship us back to Africa, we’d be like fish out of water.”
Joan Morgan « That act of calling me African-American completely erased their history and the sacrifice and contributions it took to make me an author,” said Morgan, a longtime U.S. citizen who calls herself Black-Caribbean American. (Some insist Black should be capitalized.)

Au regard de ces témoignages, il semble que cette tendance, même s’il ne touche qu’un certain nombre d’afro-américains soit le signe de quelque chose de beaucoup plus profond qui secoue les populations noires américaines. En effet, ces témoignages relèvent ce que l’on nomme en sociologie par le terme de stratégies de distinction sociale. A mesure que l’Amérique devient aussi une terre d’immigration qui réussit aux récents immigrés africains, certains afro-américains de longue date sont tentés par ce type de comportement pour se distinguer de ces citoyens récents n’ayant aucune attache historique avec ce pays. Il s’agit de se protéger par rapport à ces derniers, de revendiquer un statut de citoyen de longue date. Cette attitude n’est pas très éloignée de celle de certains afro-caribéens en France qui refusent d’être associés à l’Afrique coûte que coûte.

dimanche, février 12, 2012

Mort de Whitney Houston : la malédiction des stars afro-américaines

Whitney Houston, chanteuse et actrice américaine, surnommée « the Voice », est décédée samedi 11 février 2012 dans un hôtel de Beverly Hills. Elle avait 48 ans. Cette mort ressemble étrangement à celle du King of Pop, Michael Jackson mort aussi par overdose de médicaments et après avoir connu de graves soucis financiers. En effet, alors que les résultats de l’autopsie ne sont pas encore connus, certaines sources bien informées indiquent une surdose de médicaments et une mort par noyade. La diva était ruinée et souffrait de toxicomanie chronique. Selon le site TMZ, les policiers auraient trouvé plusieurs boîtes de médicaments vides.

Si l’autopsie confirme ces révélations, il pourrait bien s’agir d’une véritable malédiction qui s’abattrait sur les stars noires afro-américaines. Le cocktail problème d'argent et addiction médicamenteuse semble devenir leur lot commun. The King of Pop avait lui aussi connu des déboires financiers avant sa disparition. Whitney Huston vient s'ajouter à la liste après avoir été l'une des artistes pop ayant vendu le plus de disques au monde. La suite on la connaît. Problèmes d’argent, drogue, alcool et une relation tumultueuse avec son ex-mari le rappeur Bobby Brown qui l'aura précipité vers cette fin tragique.


Il va de soi que ces morts brusques et violentes restent pour le moins étranges et mystérieux. Ces stars noires ont-elles du mal à gérer leur fortune, leur carrière, leur vie de couple, mais aussi leur entourage aussi bien familial que professionnel pas toujours recommandable ? Au regard des parcours flamboyants de leurs homologues hollywoodiens, ayant vendu autant le même nombre de disques et connu un succès similaire, ces chutes tragiques posent, en tout cas, la question de l’ivresse du succès des icônes noires du Show-bizz américain.

jeudi, janvier 26, 2012

Le Magazine "Elle" dégueule sur le style vestimentaire des afro-américaines





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lundi, janvier 16, 2012

BEN ARFA accuse ABD AL MALIK de l’avoir « endoctriné »

Le joueur de foot contre le « joueur de mots » : un face à face qui risque de faire mal

C’est du lourd. « ABD EL Malik aurait tenté d’endoctriner Hatem Ben Arfa ». L’information fait froid dans le dos. Un véritable pavé dans la mare. Elle est révélée par le journal l’Equipe auquel le joueur de New Castle a accordé une longue interview ce lundi. Il revient sur une période de sa vie où il était vulnérable. «A cette époque » dit-il, « j’étais mal, j’étais à la recherche de bien-être. Je lisais beaucoup d’ouvrages sur le soufisme, de belles choses qui m’attiraient. Et comme Abd al-Malik s’y intéressait, je l’avais contacté.» Ben Arfa raconte alors être entré «dans un système comme dans une secte». «Je faisais partie d’un mouvement avec un chef spirituel, un cheikh.» Mais lorsque, dans une salle des prières au Maroc, on lui demande d’embrasser les pieds du gourou, il dit stop. «Heureusement, ce jour-là, mon ego m’a sauvé. Je ne pouvais accepter ça.».

C’est pas moi, c’est les « Autres » !

Et la réalité rattrapa le texte. En 2006 Abd AL Malik re-cuisine à la sauce rap la célèbre chanson de Jacques Brel « Ces gens là » ignorant que celle-ci, six années plus tard, muera en réalité fatale. Né des parents originaires du Congo Brazzaville, le rappeur Abd Al Malik, de son vrai nom Régis Fayette-Mikano, s’est fait connaître en France, au milieu des années 2000, pour son rap tolérant et très intégrationniste. Depuis, il est devenu le porte étendard d’un certain islam gaulois des Cités. Autant dire que cette accusation très lourde casse un peu le mythe de celui qui est devenu un symbole parmi les rescapés de la fracture urbaine. Son accusateur, le joueur musulman Ben Arfa a connu des déboires. Il aurait cherché refuge auprès de l’enfant de Brazzaville désormais adopté par la France qui l’a élevé au rang de chevalier des Arts et des Letrres en 2008. Mais le refuge tourne court. Malik veut en réalité l’endoctriner dit en substance ARFA. Le joueur de foot dit-il la vérité ? Qui veut feinter qui dans cette histoire de gosses de cité ? En tout cas l’on attend avec impatience la réplique du « joueur des mots ». Gageons qu’elle ne manquera pas d’aller droit au but. D'ores et déjà, le rappeur a déposé plainte contre le milieu de terrain de New Castle. Cela s'appelle dans le jargon footballistique un tir sans sommation. Affaire à suivre.

vendredi, décembre 16, 2011

Sois immigré et tais-toi : la chute programmée des sarkozettes Dati et Yade

Du haut de son manteau bleu blanc rouge estampillé droits de l’homme, qu’elle aime tant exhiber aux restes du monde, la belle France aime parfois nous rappeler son essence. Celle de la grande dame impitoyable avec ses enfants surtout lorsqu’ils sont issus du viol colonial. A l’image des cas Ramatoulaye et Rachida. Deux bâtardes fraîchement sorties du bois colonial par le fait d’un homme, Sarkozy, un admirateur zélé du continent africain. Hier illuminées par les feux des médias et de la politique spectacle, aujourd’hui elles subissent ses foudres pour avoir osé se prendre au sérieux et cesser de jouer les « sauvageonnes ». Après avoir été saluées comme des figures de réussites parmi les brebis galeuses de la colonisation, Rama Yade et Rachida Dati, ex-ministres dans les gouvernements Fillon 1, 2 et 3, ont été redescendues de leur nuage républicain. Et de la belle manière. La première officiait comme sous secrétaire d’état au sport avant de tomber en disgrâce auprès de son mentor. Elle a rejoint depuis Borloo, lui aussi écarté du cercle présidentiel. Quant à la deuxième, « crème de beure », elle eut occupé le maroquin très convoité de la justice, avant de devenir persona non grata à l’Elysée. Si la saga des sarkozettes de la diversité a bien amusé la France le temps d’une parade gouvernementale, aujourd’hui il faut bien se rendre à l’évidence que tout cela ne fut que de la poudre aux yeux de surcroît servi avec une bonne dose de cynisme et de paternalisme bon teint.

Rama et Dati : la chute de deux branquignoles

Sale temps pour nos deux ex-chouchous du sarkozysme. Et c’est peu dire. Alors que la polémique sur le plagiat concernant son dernier livre, "Plaidoyer pour une instruction publique" n’est pas totalement éteinte, Rama, l’ex-petite black du gouvernement doit de nouveau faire face à quelques petits règlements de comptes électoraux. Selon le site TF1.fr, l’ex-poupée exotique du paysage politique français a été tout simplement radiée des listes électorales de la commune des Hauts-de-Seine, où elle est élue municipale d'opposition. Depuis qu’elle a officialisée son intention de briguer un siège de député dans les Hauts-de-Seine, Rama Yade estime être attaquée de toutes parts. Il est loin le temps où un seul coup de fil de Sarkozy suffisait pour que tout rentre dans l’ordre. Ce temps, hélas, est bien révolu, Rama doit désormais apprendre à recevoir des coups et à en donner. Pas simple lorsque l’on n’est plus en odeur de sainteté avec celui à qui l’on doit son entrée en politique et qui doit bien se moquer de ses nouvelles « ramayederies ». Comme dit l’adage africain, quand on veut grimper en haut du cocotier, il faut s’assurer que son derrière soit bien propre. Apparemment pour Rama, ce n’était pas encore le cas…


S’agissant de Dati, le tableau n’est guère resplendissant et franchement pitoyable. La pauvre s’attaque à du lourd notamment au premier ministre Fillon qui a laissé tomber son siège de député de la Sarthe pour venir dans la capitale plus précisément dans la deuxième circonscription que brigue aussi la beurrette sarkozyste. Depuis c’est la guerre sans merci entre les deux. Après avoir été soutenue au début par quelques amis à l’Ump, la poupée Dati se retrouve de plus en plus seule et réduite à faire des vagues dans la presse au sujet de son adversaire qu’elle accuse de manquer de courage. Nadine Morano pitbull sarkozyste est même montée au créneau pour aboyer contre l’immigrée de service à qui elle demande de retourner en Saône et Loire. Selon certaines indiscrétions révélées par le quotidien de droite le Figaro, « dans l'entourage du premier ministre, certains ne cachent plus que la coupe est pleine. «Chaque jour une nouvelle salve de Dati, stop!», lâche un conseiller. Avant de s'envoler pour le Brésil, le premier ministre a appelé le patron de l'UMP: «Ça suffit. Occupe-toi du problème.»«Il n'est pas question d'exclure Dati», a répondu Jean-François Copé. «Ce n'est pas le sujet, a lancé Fillon. Je demande que ça cesse, c'est tout.». Autant vous dire, que ça va mal finir…

lundi, décembre 05, 2011

GBAGBO : l’historien et le politique devant le tribunal des ses bourreaux

Une affiche inédite. Gbagbo devant la CPI. C’est aujourd’hui. Une date à marquer d’une croix rouge sur le calendrier des événements politiques liés à l’histoire de l’Afrique et du Monde. De quoi s’agit-il ? Dans les violences postélectorales qui ont martyrisé la Côte d’Ivoire, l’ancien président ivoirien se serait rendu coupable, "co-auteur indirect", selon les termes de la CPI, de crimes contre l’humanité, de viols, de meurtres, de tortures etc. L’on frise presque l’hilarité à l’entendement d’une telle charge tant elle s’apparente à un véritable complot politique destiné à liquider un homme qui constitue encore aux yeux de nombreux observateurs une des pièces maîtresse de la politique ivoirienne. Mascarade de justice ? A dire vrai, l’expression n’est pas de trop tant elle résume bien la nature du faisceau de raisons à la source de cette convocation qui n’aura d’historique que le nom.

L’on se demandera naturellement au nom de quoi Gbagbo est-il devant cette cour qui devrait naturellement être débaptisée en Cour Pénale des Impérialistes ? Où sont les commanditaires des massacres de la grande tuerie de Duékoué ? Qui a fait appel à une armée étrangère pour renverser l’ex-président ivoirien ? Qui a financé une rébellion armée qui a terrorisé pendant 10 ans la Côte d’Ivoire ? Qui a ridiculisé l’Union Africaine en remettant le destin de tout un peuple dans les mains de l’ancien colonisateur ? Autant de questions qui montrent le caractère pour le moins ridicule de ce procès. Quel est son intérêt alors que la Côte d’Ivoire panse les plaies encore ouvertes de la crise postélectorale ? Quel est son but lorsque l’on sait qu’aucun des camps impliqués dans cette crise politique sanglante ne peut revendiquer le manteau blanc de l’innocent ? Peut-on raisonnablement mettre sur la tête d’un seul homme la responsabilité de plus de 3 000 morts ? Et quelle est la responsabilité de ceux qui ont aidé le nouveau pouvoir ?

Le monde entier va de nouveau assister à une énième parade de la CPI qui s’est spécialisée dans le spectacle de l’humiliation des Africains. Officiellement mis en place en 2002, cette cour s’est fait surtout remarquée en devenant une des caisses de résonnance de la voix des puissants qui l’utilisent aujourd’hui comme une arme pour inquiéter les dirigeants récalcitrants du sud. Avec le procès Gbagbo, la CPI va de nouveau réécrire l’histoire à sa façon telle que le lui recommande en tout cas ses principaux instigateurs. Elle ne dira ni la vérité ni ne mettra la lumière sur ce qui s’est réellement passé en Côte d’Ivoire. Car tout le monde le sait, ce procès semble avoir été motivé par des lugubres raisons politiques visant à mettre K.O. un homme dont le seul tort est d’avoir tenu tête à l’ancienne puissance colonisatrice. L’ironie de l’histoire voudrait que les principaux responsables du chaos ivoirien soient ceux là même qui ont livré l’historien ivoirien à la CPI. Mais l’histoire dira si c’est la bonne voie pour conduire le pays d’Houphouët à la réconciliation nationale. Même si le procureur Luis Moreno-Ocampo a assuré que Laurent Gbagbo ne serait "pas le dernier" à devoir rendre des comptes. Dont acte.

dimanche, décembre 04, 2011

Elections RDC : le pire est-il à venir...?

Les habitants de Brazzaville et Kinshasa, deux capitales connues pour être les plus proches du monde, en savent quelque chose. Quand l’une s’enrhume, c’est l’autre qui tousse. C’est ce qui se passe en ce moment où près de 3 000 congolais venus de la RDC voisine ont rejoint les rives de Brazza la verte selon de nombreuses sources. Et pour cause, l’attente des résultats définitifs d’une élection présidentielle qui s’y est déroulée le 28 novembre dans un chaos indescriptible, fait craindre le pire. Les autorités religieuses, acteur majeur dans la supervision de cette élection à l’issue incertain, ont fait savoir leur intention de se retirer prétextant « de ne pas vouloir se salir les mains » dans ce qui s’apparente déjà à un salmigondis électoral.

Comme un air de déjà, les deux camps à savoir celui du président sortant, Joseph Kabila et celui de l’opposant historique Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, se regardent en chiens de faïence. D’après les résultats très partiels divulgués par la Ceni, soit 33,3 % des quelque 64 000 bureaux ouverts dans le pays, Kabila obtiendrait 51 % de suffrages devançant son principal adversaire Tshisekedi qui n’aurait recueilli que 34% des voix. Ce dernier âgé aujourd’hui de 78 ans a contesté ces résultats et mis en garde le président Kabila et l’homme d’église, Ngoyi Mulunda à la tête de la Céni, pour qu’il respecte la volonté du peuple congolais dans la publication des résultats.

Selon de nombreux observateurs, la RDC s’apprête à revivre des heures sombres. Espérant qu’il ne sera pas le cas, car le peuple congolais a déjà payé un lourd tribut dans la guerre de prédation que se livrent les pays occidentaux prêts à tout via des valets locaux pour préserver leurs intérêts. Il ne faut pas se tromper d’adversaire, les deux protagonistes de cette crise électorale doivent méditer les leçons de la crise ivoirienne et ne pas souffler le chaud et le froid au risque de mettre en danger la fragile unité du pays.

Expo : Exhibitions, l'invention du sauvage



Doit-on ériger les humiliations des peuples noirs en règle de vie ? A vrai dire nous n'avons pas de réponse à ce sujet. L'autoflagellation peut-elle aider à mieux cerner "la bête" ? Le débat est ouvert. En tous les cas, savoir comment le regard de l'Occident a fabriqué et construit le sauvage au fil des siècles peut constituer un premier pas vers l'appréhension des rapports qui se sont noués entre lui et les "Autres".




EXHIBITIONS met en lumière l’histoire de femmes, d’hommes et d’enfants, venus d’Afrique, d’Asie,d’Océanie ou d’Amérique, exhibés en Occident à l’occasion de numéros de cirque, de représentations de théâtre, de revues de cabaret, dans des foires, des zoos, des défilés, des villages reconstitués ou dans le cadre des expositions universelles et coloniales. Un processus qui commence à la fin du 15e siècle et au début du 16e siècle dans les cours royales et va croître jusqu’au milieu du 20e siècle en Europe, en Amérique et au Japon.



L'expo est née de la collaboration de deux personnalités l'ex-footballeur Lilian Thuram qu'on ne présente plus et l'historien Pascal Blanchard connu pour son engagement en faveur de l'intégration des mémoires coloniales dans le récit national français. Du 29 novembre 2011 au 3 juin 2012, Musée du quai Branly

Une église chasse les couples mixtes

Une petite église américaine vient de voter une résolution qui vise à interdire l'entrée du culte par les couples de race différente.


Cette résolution qui fait d'ores et déjà scandale aux Etats-Unis a été votée ce dimanche dans une église du Kentucky. Celle-ci stipule que les couples interraciaux ne peuvent ni devenir membres de leur communauté ni bénéficier d'une fonction dans le culte. Elle a été approuvée par neuf voix contre six. Le reste des fidèles a préféré s'abstenir de voter.


Cette résolution provoque un tollé au pays. Nombreux sont ceux qui accusent cette communauté de racisme. Des propos que réfutent l'ancien pasteur de cette église baptiste. "Je n'ai de préjugés contre aucun peuple et je n'ai d'ailleurs jamais parlé en mal d'une quelconque race", indique-t-il.


Selon une fidèle, cette décision surprenante ferait suite à la visite de sa fille et de son compagnon africain il y a quelques mois. La jeune femme qui chantait lors des célébrations avait été chassée du culte juste après.


Une plainte a donc été déposée et cette résolution devrait être examinée ce weekend par la conférence régionale des églises qui ne pourra cependant rien imposer au pasteur de cette communauté. (CB)


Sources http//www. 7sur7.be 02/12/11 16h56

Cinéma : Black Power Mixtape : 1967-1975

Votre serviteur n'a pas encore vu le film. D'ici quelques jours la critique du film...



Ce documentaire retrace l'évolution du mouvement Black Power de 1967 à 1975 au sein de la communauté noire. Le film associe musique et reportages (des rushs en 16mm restés au fond d'un placard de la télévision suédoise pendant plus de trente ans), ainsi que des interviews de différents artistes, activistes ou musiciens qui sont des piliers de la culture afro-américaine.

samedi, décembre 03, 2011

Serge Bilé : un sombre journaliste ?

« Sombres bourreaux ». C’est le titre du nouvel opus du sulfureux journaliste franco-ivoirien Serge Bilé qui s’est fait connaître en 2005 en publiant un ouvrage fort instructif sur les Noirs victimes de l’hitlérisme « Noirs dans les camps nazis ». Cette année, ce passionné de l’histoire des Noirs récidive. Il publie un ouvrage qui raconte l’aventure ahurissante de soldats noirs qui ont intégré l’armée hitlérienne de la Wehrmacht. Ces sombres bourreaux, c’est le qualificatif que leur affuble l’auteur, se nomment Norbert Désirée, Henry Lémery Germaine Lubin, Ewan Ngando. Impensable, me direz-vous, mais pas pour notre essayiste. Tel le saumon qui remonte le courant pour retourner à la source, Bilé lui retourne dans ses eaux sulfureuses de révélations historico-hitlériennes qui l’ont fait connaître. Ne dit-on pas d’ailleurs que c’est dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes. Comme il y a cinq ans, l’on tombe toujours des nues devant ces révélations qui vous retournent le cœur dès l’instant où vous commencez à feuilleter les premières pages. Que cherche Serge Bilé ? L’on ne résiste pas à l’interrogation. Autant son premier sujet sur les victimes noirs du nazisme semblait marquer du sceau de la sincérité de l’infatigable chercheur de la vérité, autant son dernier livre nous coupe l’appétit tant il transpire la recette du coup médiatique.
Non pas que le sujet soit dénué d'un quelconque intérêt intellectuel. Bien au contraire. Mais, l’on est en droit de s’interroger sur l’intérêt historique d’une réalité qui a concerné trois « pelés et un tendu », si vous nous permettez l’expression. L’histoire est une science, ce n’est pas de l’anecdote. Or notre cher Bilé nous présente une poignée d’individus pour d’horribles bourreaux comme si ces pauvres messieurs enrôlés de gré ou de force dans la Wehrmacht pouvaient porter le poids de l’ignominie hitlérienne. Impensable. Le Nazisme c'est l'histoire de l'Occident, de l'Europe, de sa propre conscience face à la "bête". Toute tentative visant à mêler les peuples Africains à cette idéologie macabre du Nazisme relève de la pure supercherie. Sombres bourreaux ? Méfions nous des relectures par trop rapides de l’histoire comme de ces apprentis historiens qui prennent certains détails pour de la réalité historique. Or la réalité historique est avant tout un "fait social total" au sens où l’on l’entendait l’anthropologue français Marcel MAUSS. D’où notre interrogation de départ que cherche Serge Bilé ? L’on doute que ce Monsieur dont l’intérêt pour l’histoire du Nazisme est sûrement sincère veuille contribuer à la réhabilitation des peuples négro-africains qui ont tant souffert de la férocité blanche.

mardi, novembre 15, 2011

Pourquoi la France doit remercier Nafissatou Diallo ?

« Le scénario d'une étonnante double vie se dessine, soulignant l'inconséquence d'un homme politique surdoué mais gouverné par ses sens. Et finalement perdu par ses pulsions ». L'Express.

Alors que le feu autour de l’affaire Nafissatou/Dsk n’est pas encore totalement éteint, puisqu’une plainte a été déposée par la plaignante au civil, l’ancien patron du FMI est de nouveau sous les cendres d’un scandale politico-sexuel, l'Affaire du Carlton. Auparavant il ne s’agissait que de rumeurs, mais de plus en plus on s’en éloigne. Le récit que vient de publier le journal l’Express au sujet de l’étonnante double vie de l’ex candidat socialiste à la présidentielle est plus qu’effarant. Tant il dégouline de moult détails croustillants. Il est question de partouzes, de soirées échangistes, libertines, d’ébats dans les restaurants et les W-C d’hôtels luxueux comme le « W » ou encore Murano situé près de la place de la République. De sodomie, des rapports sexuels parfois brutaux avec certaines de ses partenaires. Parmi elles, des prostituées venues de « maisons de débauches belges ». DSK est un homme très "entreprenant" que ces acolytes décrivent comme un « gros cochon ». Ces parties fines n'ont rien à envier aux "
bunga bunga" italiennes de Silvio Berlusconi. Au point que le journaliste, auteur de l’enquête, souligne « même les frasques de certains élus de la IVe République paraissent fades en comparaison du système d'approvisionnement en call-girls mis en place pour satisfaire l'ex-patron du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn ». Comment un homme politique de sa stature, de son rang a pu mener cette vie de patachon, de bâton de chaise, sans que son entourage et ses amis ne soient au courant ou alertés ?

Les proches savaient-ils quelque chose ? DSK les a-t-il manipulés ? En tous les cas, ces nouvelles révélations accréditent un peu plus la thèse d’un homme « malade » ne maîtrisant point ses pulsions sexuelles. D’ailleurs l’intéressé aurait déjà fait des confessions en ce sens à ses proches. Mais ne s’agit-il pas d’une énième parade pour mieux encore échapper à la justice ? Ceux qui l’ont pris pour Casanova ou Don juan en ont pour leur queue. Et voilà que Nafissatou Dialloest réhabilitée. La femme par qui le scandale est arrivé. Au grand dam de ses détracteurs en France. Aujourd’hui ces derniers doivent lamentablement déchanter. Finalement, la guinéenne disait vrai. Ni prostituée ni démon, cette femme, injustement déboutée par une justice américaine aux ordres des puissants, a par sa plainte rendue un service inestimable aux Français qui ont failli élire un « malade sexuel » à la tête de leur pays. Nafissatou a sauvé la France et les Français avec. De ce geste, la jeune femme devrait au moins être élevée au grade de « grand serviteur de la Nation française».

dimanche, novembre 06, 2011

Les exhibitions médiatiques des tyrans déchus : un nouveau terrorisme symbolique de l’Occident ?

Quelles significations et Quels enjeux ?



Alors que les images télévisuelles crues de la fin du guide libyen Mouammar El Kadhafi continuent de hanter nos écrans, il apparaît opportun de s’interroger sur ce qui semble être devenue un nouveau mode opératoire de l’Occident pour célébrer la chute des régimes honnis à savoir les exhibitions médiatiques de ceux qui les ont incarnés. Cette mise en scène volontaire ou involontaire du supplice du tyran, - parce qu’il peut s’agir d’images volées ou capturées sur le vif sans aucun contrôle-, bien qu’assez emblématique de la violence de la « bête », traduit l’emprise d’un pouvoir et d’une domination de celle-ci désormais sans limites sur le monde. En décembre 2006, la pendaison spectaculaire de l’ancien dirigeant irakien Saddam Hussein, semblait avoir signé l’acte de renaissance de ces procédés barbares de lynchage très prisés dans le monde occidental dans un passé encore récent. Pourtant, au lendemain des décolonisations, les meurtres et les assassinats des dirigeants du Sud, à l’instigation de pays occidentaux étaient perpétrés dans le secret le plus total et leur divulgation semblait marquer du sceau de la retenue. Aujourd’hui, cette époque est révolue. Et, nous redécouvrons la « férocité blanche » à visage nu, sans gêne, immorale et honteuse. En Afrique, c’est de justesse que l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo y a sans doute échappé, avant d’être livré à ses adversaires vêtu seulement d’un simple maillot de corps. Tout un symbole. Après plusieurs décennies d’exactions et d’assassinats « feutrés » à travers le monde, l’Occident renoue au XXI siècle avec des méthodes d’un autre âge. Désormais, le « corps du dictateur déchu » est un « butin de guerre » qu’il faut livrer au voyeurisme des médias collectifs et individuels « complices » chargés de l’exhiber au monde entier. L’acte n’est pas anodin. La crucifixion médiatique du tyran symbolisant la chute « vraie » du régime.


Les exactions postcoloniales sur fond de mauvaise conscience

L’Occident est entré de plein pied dans ce nouveau siècle encore une fois avec des sabots imbibés du sang des autres. Chaos et désolation sont les petits cadeaux que les peuples non occidentaux reçoivent de lui en retour en échange du don de la civilisation et de soi-disant l’aide à la démocratie. Par le passé, l’on eut droit à des meurtres au petit matin des leaders par trop révolutionnaires, à des martyrs sans sépulture. Corps introuvables, brûlés, calcinés, profanés ensuite enterrés dans de fausses communes où encore jetés à la mer. En ces temps révolus, la violence coloniale appréciait particulièrement le silence de ses victimes. Des morts sans voix. Des cadavres sans bruit. Les années 60 qui ont suivi les pseudo-décolonisations ont été propices à cette culture de l’omerta. Il faut dire qu’à l’époque la toute puissante télévision n’avait pas encore le don d’ubiquité qu’elle dispose aujourd’hui et le monde ne baignait pas dans cet océan de gadgets technologiques susceptibles de rétrécir l’espace-temps du crime.

Des conquêtes coloniales aux guerres néocoloniales de prédation, innombrables ont été les exactions commises par l’Occident dans les pays ex-colonisés. D’une rare cruauté, ces forfaits étaient souvent exécutés dans le silence avec disparition du corps des martyrs. C’était une autre époque. La culpabilité postcoloniale dictait une politique d’assassinat basée sur le secret, l’omerta. Il fallait pratiquer le flou et semer la confusion pour ne pas réveiller les nombreux cadavres enfouis dans les placards poussiéreux de la période coloniale. Dans cette folie meurtrière, l’Afrique a payé un lourd tribut. Nombreux sont les dignes fils de la terre-mère qui ont été emportés par les vagues immondes de cette férocité blanche, sans nom. Lumumba, Sankara, Um Nyobé, Kabila, pour ne citer que ceux là, en ont courageusement fait les frais. Barbouzes et valets locaux étaient chargés d’exécuter les basses œuvres avec le concours exceptionnel en dernier lieu de leurs commanditaires. Il fallait brouiller les pistes, laisser croire à une histoire de règlements de compte entre sauvages afin de perpétuer la fable d’un monde subalterne voué à la barbarie. C’est dans ce contexte que les décolonisations, surtout en Afrique, ont accouché des luttes politiques locales à forte connotation tribale. Pendant que les peuples incultes regardaient le doigt qui montre la lune, les maitres du monde fomentaient les scénarios de coups d’Etat avec des acteurs locaux transformés en pantins.

Le « corps du dictateur déchu » : un « butin de guerre »

Nous sommes le jeudi 20 octobre, les images de la capture de Mouammar El Kadhafi tournent en boucle sur toutes les chaînes de télévision du monde. Des images crues particulièrement effroyables d’un homme affaibli pris dans une embuscade et tentant, sans grande résistance, de se défaire de ses assaillants surexcités criant « Allah Akbar ». Il est ensuite vu transporté en position couchée dans un pick up, le corps et le visage couvert de sang. Son corps et celui de son fils Moutassim également tué pendant cette capture seront transportés à Misrata pour être exposés dans une Mosquée. Cette exposition avait valeur de symbole comme les vidéos qui ont précédé la mort du guide libyen. En d’autres temps, ces corps auraient eu un autre traitement. Mais il fallait exhiber la « chaire ensanglantée du dictateur » ; la livrer au voyeurisme planétaire comme pour la vider de sa charge symbolique de « martyr ». Voilà comment le corps de celui qui s’était autoproclamé « Roi des Rois d’Afrique » a été érigé en vulgaire butin de guerre à l’image des ces nombreux anonymes tombés lors des guerres tribalo-civiles en Afrique. A la seule différence que ces derniers pouvaient encore prétendre au respect qu’il sied d’accorder aux morts.


Les exhibitions médiatiques des tyrans : un nouveau terrorisme symbolique




Ce mode opératoire de célébration des régimes déchus avait déjà été expérimenté au moment de la capture de Saddam Hussein. Avec une scénographie presque similaire mais moins violente, l’ex-dirigeant irakien fut comme le guide libyen pris dans un « trou à souris » par les forces américaines en décembre 2003. La vidéo de l’époque montre un homme qui « se tient la barbe, le regard perdu dans le vide ». « Un homme aux mains gantées lui examine les dents ainsi que les cheveux ». Dans le même registre, le 11 avril 2011, c’est à un lynchage de justesse qu’échappent Laurent Koudou Gbagbo et son épouse Simone. Mais certains de ces compagnons de route auront un sort plus tragique. Les vidéos diffusées au moment de sa capture montrent un Gbagbo, en maillot de corps, tout en sueur, l’air hagard, le regard perdu et malmené là encore par des soldats surexcités. Au-delà de leur caractère violent et indécent, « ces images posent », en paraphrasant Achille Mbémbé, « la question de savoir ce que c’est que vivre sous le régime de la bête, de quelle vie il s’agit et de quel type de mort on meurt ».


Dans l’instant qui suit la capture, le dirigeant honni transformé en trophée de guerre devient cette « chose », cet animal, cet « homme-déchet » dont le « sacrifice médiatisé » remplace toute autre forme de procès, de jugement. Outre qu’il permet d’enterrer le prestige de celui qui pourrait endosser aux yeux des sympathisants le rôle de martyr, cet acte sacrificiel est avant tout une « fatwa occidentale » destiné à punir le « mécréant » de ses crimes. Mais de quels crimes il s’agit. Celui d’avoir tenu tête à la bête. Il ne s’agit nullement d’une « vengeance des victimes ». Puisqu’il y a ni procès ni jugement. C’est une vengeance des puissants, une vengeance des vainqueurs qui leur permet d’exhiber leur pouvoir et leur domination sans limite. Sur fond de violation flagrante des lois et traités internationaux. Ces exhibitions dissimulent mal, tout compte fait, un terrorisme symbolique. En ce sens où elles visent à intimider, à impressionner, à frapper les esprits.

Humiliation, chosification et déshumanisation


Humiliation, chosification et déshumanisation composent le complexe de monstration de la fin de celui que les pays occidentaux qualifient de « dictateur ». Il ne s’agit pas seulement d’atteindre le corps physique du « tyran ». Ce qui est visé ici dans ces expositions médiatiques ostentatoires, c’est l’homme lui-même. La chute du régime ne suffit plus. Il faut aussi enterrer celui qui l’incarne. Il ne s’agit ni plus ni moins que de terrorisme symbolique. L’opération de capture est un processus symbolique d’élimination du « symbole » qu’incarne celui-ci. Il s’agit de tuer l’ « aura » entourant ces personnages ayant engagé un bras de fer avec l’Occident. C’est à ce moment précis que les appareils médiatiques de propagande jouent leur dernière carte en jetant en pâture la dernière image publique de l’homme. L’image médiatique en l’occurrence télévisuelle quasi absente pendant la période précédente des « liquidations secrètes » joue ici une partition symbolique d’achèvement du modèle tel un chant du cygne. Un modèle qui devient par ricochet un contre-modèle puisque dépouillé, désincarné, vidé de sa charge symbolique. Il est transformé en épouvantail brandi aux restes de l’humanité comme pour leur signifier de quoi est encore capable « la bête immonde », l’Occident, après deux siècles de colonisation.


Des exhibitions qui signent l’acte de fin de la culpabilité postcoloniale et ouvrent l’ère des recolonisations


Le pouvoir sans limite des pays occidentaux qui leur autorise à sacrifier la vie des ex-colonisés va de pair avec le sentiment que la culpabilité postcoloniale est désormais derrière eux. Dans nombre de ces pays, notamment en France, il se répand l’idée, via les appareils médiatiques de propagande, que la question de la culpabilité européenne a été liquidée via les guerres fratricides postcoloniales, permettant d’exonérer l’Occident de toute forme de responsabilité dans la faillite institutionnelle et politique des anciennes colonies. C’est au nom de ce sentiment qu’il se sent aujourd’hui investi d’une nouvelle mission de recolonisation des pays qui ne veulent pas se soumettre aux diktats du Nouvel ordre mondial. Aidés par l’absence de contre-pouvoir et l’instrumentalisation des institutions internationales, les pays occidentaux imaginent désormais que leur règne est sans fin. Avec la disparition du bloc de l’Est, la faillite du projet politique visant l’unité du monde arabo-musulman sur fond de conversion de ses élites à l’arabo-mondialisme, les hésitations géopolitiques de la Chine à assumer son rôle de nouvelle puissance, l’Occident est désormais seule au monde. Marche ou crève, telle est sa devise. Convaincu de sa mission civilisatrice sur fond d’impunité. Mais pour combien de temps encore ?


Césaire Nganga

mardi, octobre 25, 2011

LES VRAIES RAISONS DE LA GUERRE CONTRE LA LIBYE ET L'AFRIQUE

Une tribune de Jean Paul Pougala

Après 500 ans de relations de dominateur et de dominé avec l’Occident, il est dès lors prouvé que nous n’avons pas les mêmes critères pour définir le bon et le méchant. Nous avons des intérêts profondément divergents. Comment ne pas déplorer le Oui de 3 pays africains au sud du Sahara, Nigeria, Afrique du Sud et Gabon pour la Résolution 1973 inaugurant la nouvelle forme de colonisation baptisée « protection des peuples », validant la théorie raciste que les Européens véhiculent depuis le 18e siècle selon laquelle l’Afrique du Nord n’a rien à partager avec l’Afrique Subsaharienne, l’Afrique du Nord serait ainsi plus évoluée, plus cultivée et plus civilisée que le reste de l’Afrique. Tout se passe comme si la Tunisie, l’Egypte, la Libye , l’Algérie ne faisaient pas partie de l’Afrique. Même les Nations unies semblent ignorer la légitimité de l’Union africaine sur ses Etats membres. L’objectif est d’isoler les pays d’Afrique subsaharienne afin de mieux les fragiliser et les tenir sous contrôle. En effet, dans le capital du nouveau Fonds monétaire africain (Fma), l’Algérie avec 16 milliards de dollars et la Libye avec 10 milliards de dollars contribuent à eux tous seuls pour près de 62% du capital qui est de 42 milliards de Dollars. Le premier pays d’Afrique subsaharienne et les plus peuplés, le Nigeria suivi de l’Afrique du Sud arrivent très loin derrière avec 3 milliards de dollars chacun.

C- QUELLES LECONS POUR L’AFRIQUE ?

La guerre civile, les révoltes, les rebellions sont les ingrédients d’un début de démocratie, soutient Rousseau. Parce que la démocratie n’est pas une fin, mais un processus permanent pour réaffirmer les droits naturels des humains que dans tous les pays du monde (sans exception) une poignée d’hommes et de femmes, confisquant le pouvoir du peuple, l’oriente pour se maintenir aux affaires. On trouve ici et là des formes de castes qui usurpent le mot « démocratie » qui doit être cet idéal vers lequel tendre et non un label à s’approprier ou un refrain à vanter parce qu’on est juste capable de crier plus fort que les autres. uy. Si les Libyens se révoltent, ce n’est pas une mauvaise chose. C’est prétendre que les peuples acceptent stoïquement le système qui les opprime partout dans le monde sans réagir qui est très mauvais. Et Rousseau de conclure : «Malo periculosam libertatem quam quietum servitium -traduction : S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes». Dire qu’on tue les Libyens pour leurs biens est un leurre.Combien de personnes dans les pays autoproclamés «démocratiques» savent qu’au Pérou, la Constitution interdit un deuxième mandat consécutif au président de la République sortant ? Combien de personnes savent qu’au Guatemala, non seulement le président sortant ne doit plus jamais se présenter comme candidat à cette fonction, mais qu’en plus à aucun degré de parenté, aucun membre de sa famille ne pourra plus prétendre à cette fonction ? Combien savent que le Rwanda est le pays qui intègre politiquement le mieux les femmes au monde avec 49% de parlementaires femmes ? Combien savent que dans le classement de la Cia 2007, sur 10 pays les mieux gérés au monde, 4 sont Africains ? Avec la palme d’or à la Guinée Equatoriale dont la dette publique ne représente que 1,14% de son Pib. Le sociologue américain C. Wright Mills a décrit en 1956 la démocratie américaine comme «la dictature des élites». Selon Mills, les Etats-Unis d’Amérique ne sont pas une démocratie parce qu’en définitive, c’est l’argent qui s’est substitué au peuple. Le résultat de chaque élection y est l’expression de la voix de l’argent et non la voix du peuple. Après Bush-père et Bush-fils, pour les primaires républicaines de 2012, on parle déjà de Bush-benjamin. En plus, si le pouvoir politique se base sur la bureaucratie, Max Weber fait remarquer qu’il y a 43 millions de fonctionnaires et militaires aux Etats-Unis qui commandent effectivement le pays, mais qui n’ont été votés par personne et qui ne répondent pas directement au peuple de leurs activités. Une seule personne (un riche) est donc votée mais le vrai pouvoir sur le terrain est tenue par une seule caste de riches qui ne résulte purement et simplement que de nominations comme les ambassadeurs, les Généraux de l’armée etc... 4- Pas de luxe. selon Rousseau pour qu’il y ait la démocratie dans un pays, il ne faut pas qu’il y ait de luxe parce que selon lui, le luxe rend nécessaire la richesse et cette dernière devient la vertu, l’objectif à atteindre à tout prix et non le bonheur du peuple, « le luxe corrompt à la fois le riche et le pauvre, l'un par la possession, l'autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l'Etat tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l'opinion ». Y a-t-il plus de luxe en France ou en Libye ? Ce rapport d’asservissement des employés qui sont poussés jusqu’au suicide les employés mêmes des entreprises publiques ou semi-publique, pour des raisons de rentabilité et donc de possession de luxe d’une des parties est-il plus criant en Libye ou en Occident ?


3- L’égalité dans les rangs et dans les fortunes. Il suffit de voir le classement Forbes 2010 pour voir quels sont les noms des personnes les plus riches de chacun des pays qui jette la bombe sur la tête des Libyens et voir la différence avec le salaire le plus bas dans chacun des pays et faire de même pour la Libye pour comprendre qu’en matière de redistribution de la richesse du pays, c’est à la Libye d’exporter son savoir-faire à ceux qui la combattent et non le contraire. Même sous cet angle, selon Rousseau, la Libye serait plus démocratique que ceux qui veulent pompeusement lui exporter la prétendue démocratie. Aux Etats-Unis 5% de la population possèdent 60% de la richesse nationale. C’est le pays le plus déséquilibré, le plus inégal du monde.

2- Il faut la simplicité des mœurs et des comportements pour éviter que l’on passe l’essentiel du temps à parler de justice, de tribunal pour trouver des solutions aux multitudes querelles d’intérêts divers qu’une société trop complexe fait naitre naturellement. Les Occidentaux se définissement comme des pays civilisés, donc aux mœurs complexes et la Libye comme pays dit primitif, c’est-à-dire aux moeurs simples. Sous cet angle, encore une fois, c’est la Libye qui répondrait mieux aux critères démocratiques de Rousseau que tous ceux qui prétendent lui donner des leçons de démocratie. Dans une société complexe, les trop nombreux conflits sont résolus par la loi du plus fort, puisque celui qui est riche évite la prison parce qu’il peut se permettre un meilleur avocat et surtout, orienter l’appareil répressif de l’Etat contre celui qui vole une banane dans un supermarché, plutôt que le délinquant financier qui fait crouler une banque. Dans une ville comme New York où 75% de la population est blanche, 80% des postes de cadres sont occupés par des Blancs et ils ne sont que 20% des personnes en prison.

1- Dimension de l’Etat : plus un Etat est grand, moins il peut être démocratique, pour Rousseau l’Etat doit être très petit pour que le peuple soit facile à rassembler et que chaque citoyen puisse aisément connaître tous les autres. Avant donc de faire voter les gens, il faut s’assurer que chacun connaisse tous les autres sans quoi voter pour voter est un acte dénué de tout fondement démocratique, c’est un simulacre de démocratie pour élire un dictateur. La structure de l’organisation de l’Etat libyen se fonde sur une base tribale qui regroupe par définition le peuple en de petites entités. Le sentiment démocratique est plus présent dans une tribu, dans un village que dans une grande Nation, parce que le fait que tout le monde se connaisse et que la vie tourne autour des mêmes points communs apporte une sorte d’autorégulation, d’autocensure même pour peser à chaque instant, la réaction ou la contre-réaction des autres membres pour ou contre les opinions qu’on peut avoir. Sous cet angle, c’est la Lybie qui répond le mieux aux exigences de Rousseau, ce qu’on ne peut pas dire de même pour les Etats-Unis d’Amérique, la France ou la Grande-Bretagne , des sociétés fortement urbanisées où la majorité des voisins ne se disent même pas bonjour et donc ne se connaissent pas, même vivant côte-à-côte pendant 20 ans. Dans ces pays, on est passé directement à l’étape suivante : « le vote » qu’on a malignement sanctifié afin de faire oublier que ce vote est inutile à partir du moment où je m’exprime sur l’avenir d’une Nation sans en connaitre ses membres. On est ainsi arrivé jusqu’à la bêtise du vote des citoyens vivant à l’étranger. Se connaitre et se parler est la condition essentielle de la communication pour le débat démocratique qui précède toute élection. La question que tout être humain doté de la moindre capacité intellectuelle de jugement et d’appréciation ne peut s’empêcher de se poser est : ces pays comme la France, l’Angleterre, les Usa, l’Italie, la Norvège, le Danemark, la Pologne dont la légitimité pour aller bombarder les Libyens se base sur le seul fait de s’être autoproclamés « pays démocratiques » sont-ils réellement démocratiques? Si oui, sont-ils plus démocratiques que la Libye de Kadhafi ? La réponse, sans équivoque est Non, pour la simple et bonne raison que la démocratie n’existe pas. Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais celui-là même dont la ville natale, Genève abrite l’essentiel du commandement des Nations unies. Il s’agit bien entendu de Jean-Jacques Rousseau né à Genève en 1712 qui affirme dans le chapitre IV du Livre III de son très célèbre ouvrage du Contrat social que : «il n'a jamais existé de véritable démocratie, et il n'en existera jamais». Pour qu’un Etat soit véritablement démocratique Rousseau pose 4 conditions selon lesquelles la Libye de Kadhafi est même de loin plus démocratique que les Etats-Unis d’Amérique, la France et tous les autres qui prétendent lui exporter la démocratie à savoir : Et si la Libye de Kadhafi était plus démocratique que les Usa, la France, la Grande-Bretagne et tous ceux qui font la guerre pour exporter la démocratie en Libye ? Le 19 mars 2003, le président Georges Bush lance les bombes sur la tête des Iraquiens avec le prétexte d’y exporter la démocratie. Le 19 mars 2011, c’est-à-dire 8 ans plus tard et jour pour jour, c’est le président français qui lance ses bombes sur la tête des Libyens avec le même prétexte de leur offrir la démocratie. Monsieur Obama, Prix Nobel de la Paix 2009 et président des Etats-Unis d’Amérique, pour justifier qu’il procède à un déferlement de missiles Cruise de ses sous-marins sur la tête des Libyens a dit que c’était pour chasser le dictateur Kadhafi du pouvoir et y instaurer la démocratie.

B- CEUX QUI VEULENT EXPORTER LA DEMOCRATIE SONT-ILS DE VRAIES DEMOCRATIES ?

Kadhafi est dans le cœur de presque tous les Africains comme un homme très généreux et humaniste pour son soutien désintéressé à la bataille contre le régime raciste d’Afrique du Sud. Si Kadhafi avait été un homme égoïste, rien ne l’obligeait à attirer sur lui les foudres des Occidentaux pour soutenir financièrement et militairement l’ANC dans sa bataille contre l’apartheid. C’est pour cela que à peine libéré de ses 27 ans de prisons, Mandela décide d’aller rompre l’embargo des Nations unies contre la Libye le 23 octobre 1997. A cause de cet embargo même aérien, depuis 5 longues années aucun avion ne pouvait atterrir en Libye. Pour y arriver, Il fallait prendre un avion pour la Tunisie; arriver à Djerba et continuer en voiture pendant 5 heures pour Ben Gardane, passer la frontière et remonter en 3 heures de route par le désert jusqu’à Tripoli. Ou alors, passer par Malte et faire la traversée de nuit, sur des bateaux mal entretenus jusqu’à la côte libyenne. Un calvaire pour tout un peuple, juste pour punir un seul homme. Mandela décida de rompre cette injustice et répondant à l’ex- président américain Bill Clinton, qui avait jugé cette visite «malvenue», il s’insurgea : «Aucun Etat ne peut s'arroger le rôle de gendarme du monde, et aucun Etat ne peut dicter aux autres ce qu'ils doivent faire ». il ajouta : « ceux-là qui hier, étaient les amis de nos ennemis, ont aujourd’hui, le toupet de me proposer de ne pas visiter mon frère Kadhafi, ils nous conseillent d’être ingrats et d’oublier nos amis d’hier ». En effet, pour l’Occident, les racistes d’Afrique du Sud étaient leurs frères qu’il fallait protéger. C’est pour cela que tous les membres de l’Anc étaient considérés comme des dangereux terroristes, y compris Nelson Mandela. Il faudra attendre le 2 juillet 2008, pour que le Congrès américain vote une loi pour rayer le nom de Nelson Mandela et de ses camarades de l’Anc de cette liste noire, pas parce qu’ils ont compris la bêtise d’une telle liste, mais parce qu’on voulait faire un geste pour les 90 ans de Nelson Mandela. Si les Occidentaux sont aujourd’hui, repentis de leur soutien d’hier aux ennemis de Mandela et sont vraiment sincères lorsqu’on lui donnent des noms de rue et de places, comment continuer à faire la guerre à celui qui a permis la victoire de Mandela et son peuple, Kadhafi?

4- Kadhafi, l’Africain qui a permis de laver l’humiliation de l’Apartheid Pour déstabiliser et détruire l’Union africaine qui va dangereusement (pour l’Occident) vers les Etats-Unis d’Afrique avec la main de maître de Kadhafi, l’Union européenne a d’abord tenté sans y parvenir la carte de la création de l’Upm (Union Pour la Méditerranée) Il fallait à tout prix couper l’Afrique du Nord du reste de l’Afrique. Cela a échoué parce que Kadhafi a refusé d’y aller. Il a compris très vite le jeu à partir du moment où on parlait de la Méditerranée en associant quelques pays africains sans en informer l’Union africaine, mais en y invitant tous les 27 pays de l’Union européenne. L’Upm sans le principal moteur de la fédération africaine était foirée avant même de commencer, un mort – né avec Sarkozy comme président et Mobarack, le vice-président. Ce que Alain Juppé tente de relancer, tout en misant sur la chute de Kadhafi, bien sûr. Ce que les dirigeants africains ne comprennent pas est que tant que ce sera l’Union européenne qui finance l’Union africaine, on sera toujours au point de départ, car dans ces conditions, il n’y aura pas d’effective indépendance. C’est dans le même sens que l’Union Européenne a encouragé et financé les regroupements régionaux en Afrique. Il était évident que la Cedeao qui a une Ambassade à Bruxelles et qui tire l’essentiel de son financement de l’Ue, est un obstacle majeur contre la fédération africaine. C’est ce que Lincoln avait combattu dans la guerre de sécession aux Etats-Unis, parce qu’à partir du moment où un groupe de pays se retrouvent autour d’une organisation politique régionale, cela ne peut que fragiliser l’organe central. C’est ce que l’Europe voulait et c’est ce que les Africains n’ont pas compris en créant coup sur coup, la Comesa , l’Udeac, la Sadc et le Grand Maghreb qui n’a jamais fonctionné encore une fois grâce à Kadhafi qui lui l’avait très bien compris.

3- Unions régionales comme frein à la création des Etats-Unis d’AfriqueIl est donc évident qu’après la Libye, la coalition occidentale déclarera sa prochaine guerre à l’Algérie, parce qu’en plus des ses ressources énergétiques énormes, ce pays a une réserve monétaire de 150 milliards d’Euros. Ce qui devient la convoitise de tous les pays qui bombardent la Libye et qui ont tous quelque chose en commun, ils sont tous financièrement en quasi faillite, les Usa à eux seuls ont 14.000 milliards de dollars de dettes, La France , la Grande-Bretagne et l’Italie ont chacun environ 2.000 milliards de dettes publiques alors que les 46 pays d’Afrique noire ont, au total, moins de 400 milliards de dollars de dettes publiques. Créer de fausses guerres en Afrique dans l’espoir de trouver de l’oxygène pour continuer leur apnée économique qui ne fait que s’empirer ne fera qu’enfoncer les Occidentaux dans leur déclin qui a pris son envol en 1884, lors de la fameuse Conférence de Berlin. Car comme l’avait prédit l’économiste américain Adams Smith en 1865, dans son soutien à Abraham Lincoln pour l’abolition de l’esclavage, «l’économie de tout pays qui pratique l’esclavage des Noirs est en train d’amorcer une descente vers l’enfer qui sera rude le jour où les autres Nations vont se réveiller». Les 30 milliards de dollars saisis par M. Obama appartiennent à la Banque centrale libyenne et prévu pour la contribution libyenne à la finalisation de la fédération africaine à travers 3 projets phare: la Banque africaine d’investissement à Syrte en Libye, la création dès 2011 du Fonds monétaire africain avec un capital de 42 milliards de dollars avec Yaoundé pour siège, la Banque centrale africaine avec le siège à Abuja au Nigeria dont la première émission de la monnaie africaine signera la fin du Fcfa grâce auquel Paris a la mainmise sur certains pays africains depuis 50 ans. On comprend dès lors et encore une fois la rage de Paris contre Kadhafi. Le Fonds monétaire africain doit remplacer en tout et pour tout, les activités sur le sol africain du Fonds monétaire international qui, avec seulement 25 milliards de dollars de capital a pu mettre à genoux tout un continent avec des privatisations discutables, comme le fait d’obliger les pays africains à passer d’un monopole public vers un monopole privé. Ce sont les mêmes pays occidentaux qui ont frappé à la porte pour être eux aussi membres du Fonds monétaire africain et c’est à l’unanimité que le 16-17 décembre 2010, à Yaoundé les Africains ont repoussé cette convoitise, instituant que seuls les pays africains seront membres de ce Fma.

2- Fonds monetaire africain, Banque centrale africaine, Banque africaine des investissements

L’histoire démarre en 1992 lorsque 45 pays africains créent la société Rascom pour disposer d’un satellite africain et faire chuter les coûts de communication sur le continent. Téléphoner de et vers l’Afrique est alors le tarif le plus cher au monde, parce qu’il y avait un impôt de 500 millions de dollars que l’Europe encaissait par an sur les conversations téléphoniques même à l’intérieur du même pays africain, pour le transit des voix sur les satellites européens comme Intelsat. Un satellite africain coûtait juste 400 millions de dollars payable une seule fois et ne plus payer les 500 millions de location par an. Quel banquier ne financerait pas un tel projet ? Mais l’équation la plus difficile à résoudre était : comment l’esclave peut-il s’affranchir de l’exploitation servile de son maître en sollicitant l’aide de ce dernier pour y parvenir ? Ainsi, la Banque mondiale , le Fmi, les Usa, l’Union européenne ont fait miroiter inutilement ces pays pendant 14 ans. C’est en 2006 que Kadhafi met fin au supplice de l’inutile mendicité aux prétendus bienfaiteurs occidentaux pratiquant des prêts à taux usuraire; le guide libyen a ainsi mis sur la table 300 millions de dollars, La Banque africaine de développement a mis 50 millions, la Banque ouest-africaine de Développement, 27 millions et c’est ainsi que l’Afrique a depuis le 26 décembre 2007 le tout premier satellite de communication de son histoire. Dans la foulée, la Chine et la Russie s’y sont mises, cette fois en cédant leur technologie et ont permis le lancement de nouveaux satellites, sud-africain, nigérian, angolais, algérien et même un deuxième satellite africain est lancé en juillet 2010. Et on attend pour 2020, le tout premier satellite technologiquement 100% africain et construit sur le sol africain, notamment en Algérie. Ce satellite est prévu pour concurrencer les meilleurs du monde, mais à un coût 10 fois inférieur, un vrai défi. Voilà comment un simple geste symbolique de 300 petits millions peut changer la vie de tout un continent. La Libye de Kadhafi a fait perdre à l’Occident, pas seulement 500 millions de dollars par an mais les milliards de dollars de dettes et d’intérêts que cette même dette permettait de générer à l’infini et de façon exponentielle, contribuant ainsi à entretenir le système occulte pour dépouiller l’Afrique. C’est la Libye de Kadhafi qui offre à toute l’Afrique sa première vraie révolution des temps modernes : assurer la couverture universelle du continent pour la téléphonie, la télévision, la radiodiffusion et de multiples autres applications telles que la télémédecine et l’enseignement à distance ; pour la première fois, une connexion à bas coût devient disponible sur tout le continent, jusque dans les zones rurales grâce au système par pont radio wmax.

1- Manque à gagner pour l’Occident à cause du Premier Satellite africain Rascom 1

C’est très inquiétant de constater que pour la première fois de l’histoire des Nations unies, on a déclaré la guerre à un peuple sans avoir exploré au préalable la moindre piste pacifique pour solutionner le problème. L’Afrique a-t-elle encore sa place dans une telle organisation ? Le Nigeria et l’Afrique du Sud sont disposés à voter OUI à tout ce que l’Occident demande, parce qu’ils croient naïvement aux promesses des uns et des autres de leur donner une place de membre permanent au Conseil de Sécurité avec le même droit de veto. Ils oublient tous les deux que la France n’a aucun pouvoir de leur attribuer le moindre poste. Si elle l’avait, il y a belle lurette que Mitterrand l’aurait fait pour l’Allemagne de Helmut Kohl. La réforme des Nations unies n’est pas à l’ordre du jour. La seule manière de compter, est la méthode chinoise : tous les 50 pays africains doivent quitter les Nations unies. Et s’ils doivent y retourner un jour, ne le faire que s’ils ont obtenu ce qu’ils demandent depuis longtemps, un poste pour toute la fédération africaine, sinon rien. Cette méthode de la non-violence est la seule arme de justice dont disposent les pauvres et les faibles que nous sommes. Nous devons tout simplement quitter les Nations unies, car, cette organisation de par sa configuration, de par sa hiérarchie est aux services des plus forts. Nous devons quitter les Nations unies afin de marquer notre réprobation de cette conception du monde basée uniquement sur l’écrasement du plus faible. Tout au moins ils seront libres de continuer de le faire, mais pas avec notre signature, pas en rappelant que nous sommes d’accord alors qu’ils savent très bien qu’ils ne nous ont jamais interrogés. Et même quand nous avons donné notre propre point de vue, comme la rencontre de samedi 19/3 à Nouakchott avec la déclaration sur la contrariété à l’action militaire, ceci a été passé tout simplement sous silence pour aller accomplir le forfait de bombarder le peuple africain. Ce qui arrive aujourd’hui, est le scénario déjà vu auparavant avec la Chine. Aujourd ’hui, on reconnaît le gouvernement Ouattara, on reconnaît le gouvernement des insurgés en Libye. C’est ce qui s’est passé à la fin de la Seconde Guerre mondiale avec la Chine. La soi-disant communauté internationale avait choisi Taiwan comme unique représentant du peuple chinois en lieu et place de la Chine de Mao. Il faudra attendre 26 ans, c’est-à-dire le 25 octobre 1971 avec la résolution 2758 que tous les Africains devraient lire, pour mettre fin à la bêtise humaine. La Chine est admise, sauf qu’elle a prétendu et obtenue d’être membre permanent avec droit de veto, si non elle n’entre pas. Cette exigence satisfaite et la résolution d’admission entrée en vigueur, il faudra attendre un an pour que le 29 septembre 1972, le ministre chinois des Affaires étrangères donne sa réponse avec une lettre au Secrétaire général des Nations unies pas pour dire Oui ou Merci, mais pour faire des mises au point, en garantie de sa dignité et de sa respectabilité. Qu’est-ce que l’Afrique espère obtenir des Nations unies sans poser un acte fort pour se faire respecter ? On a vu en Côte d’Ivoire un fonctionnaire des Nations unies se considérer au-dessus d’une Institution constitutionnelle de ce pays. Nous sommes entrés dans cette organisation en acceptant d’être des serfs et croire que nous serons invités à table pour manger avec les autres dans les plats que nous avons lavés est tout simplement crédule, pire, stupide. Quand l’UA reconnaît la victoire de Ouattara sans même tenir compte des conclusions contraires de ses propres observateurs envoyés sur le terrain, juste pour faire plaisir à nos anciens maîtres, comment peut-on nous respecter ? Lorsque le président sud-africain Zuma déclare que Ouattara n’a pas gagné les élections et change à 180° disant le contraire après une petite visite de 8 heures à Paris, on peut se demander ce que valent ces dirigeants qui représentent et parlent au nom de 1 milliard d’Africains. La force et la vraie liberté de l’Afrique viendront de sa capacité à poser des actes réfléchis et en assumer les conséquences. La dignité et la respectabilité ont un prix. Sommes-nous disposés à le payer ? Si non, notre place reste à la cuisine ou aux toilettes pour garantir le confort des autres. D’ici là, en Libye, les bombes qu’on nous décrit comme des rosiers qui tombent du ciel pour reboiser le désert libyen, sont françaises, américaines, britanniques, italiennes, canadiennes, norvégiennes, mais les victimes sont africaines, toutes africaines. Oui, c’est une guerre déclarée à tout le peuple africain, pas à un homme, pas à un pays. (*)

Jean-Paul Pougala est un écrivain d’origine camerounaise, Directeur de l’Institut d’études géostratégiques et professeur de sociologie à l’Université de la Diplomatie de Genève en Suisse.Jean-Paul Pougala pougala@gmail.com