vendredi, mars 14, 2008

Le Paris black en images




















Comment tordre le cou aux clichés de l’homme noir qui ont malheureusement la vie dure ? L’esclavage des Noirs a été aboli il y a environ plus de 150 ans en France, cependant les univers mentaux associés à cette servitude qui a duré près de quatre siècles, persistent. Les médias en général et la télévision en particulier, principaux véhicules de construction de la réalité sociale, nous en donnent chaque jour la preuve d’un phénomène devenu presque culturel aux conséquences sociales et psychologiques irréfutables.

Fort de ce constat, le groupe BCD Label, une agence artistique crée en 1998, qui a fait de la valorisation de l’image du noir pas seulement son credo, mais aussi, une démarche professionnelle, s’est penché pendant trois ans sur ce qu’il faut bien considérer comme une visibilité problématique du Noir. Résultat, une galerie sémillante de 120 portraits de noirs et de metis franciliens, donnant à voir une diversité d’hommes et de femmes, tout aussi singuliers qu’authentiques dans leurs univers, va occuper, le temps d’un printemps, à partir du 28 mars jusqu’au 27 avril 2008, l’espace du Musée du Montparnasse.

Sous le titre évocateur, « forces noires photographiées, une source de talents indéniables », l’exposition, conçue par l’artiste et photographe BJL, s’est donnée comme ambition, de déconstruire les récalcitrantes idées reçues et stéréotypes éculés colportés par l’ethnonyme Noir. En substance, elle veut donner à voir une image valorisante du Noir, dans ses multiples aspects contemporains, loin des représentations dépréciatives ambiantes. Les modèles choisis par la tête chercheuse du groupe, BJL, devaient avoir élu domicile depuis 7 ans pour les hommes et 10 ans pour les femmes à Paris ou en Banlieues parisiennes. Look particulier, attitude « urbain », code vestimentaire actuel, attirance physique, tels sont les critères qu’il fallait réunir pour immobiliser l’objectif ou « déclencher les neurones » selon les propres mots de l’homme aux trois initiales.

Il aura fallu donc trois ans au groupe pour finaliser un projet au final riche en couleurs, tant il montre différentes personnalités aux talents sans doute insoupçonnés. Imaginé à l’instar d’un réservoir de « talents indéniables », la galerie de portraits se veut une source réfléchissante d’un vécu noir pluriel, vivant, dynamique, urbain, créatif, dans la ville lumière. A mille lieux des figures médiatiques dominantes, ces icônes d’une « noiritude » souriante et bon enfant omniprésentes dans la lucarne hexagonale.

Ce « Paris Black » moderne, dynamique et créatif est donc à découvrir. Réalisateurs, artistes, recruteurs de France et de Navarre etc. pourront aller y puiser de l’inspiration, histoire de décoloniser son univers mental de représentation de l’homme de couleur, mais aussi de l’énergie que cette fresque humaine dégage à travers ces différentes personnalités, ces « talents physiques évidents» hérauts sûrement de la « Nouvelle donne black » de la capitale. Anonymes d’un jour, et peut être « forces noires » de demain.

Exposition, Black Concept Definition, "120 Forces noires photographiées", au Musée du Montparnasse à Paris, du 28 mars au 27 avril 2008.

mercredi, mars 12, 2008

Le thème du racisme rattrape la campagne démocrate


Barack Obama a remporté mardi dans le Mississippi sa 29e victoire sur la route de l’investiture démocrate pour la présidentielle américaine, au terme d’échanges plus aigres que jamais entre son équipe et celle de sa rivale Hillary Clinton sur le thème du racisme.
Barack Obama, 46 ans, le seul sénateur noir des Etats-Unis, aurait notamment remporté 91% du vote noir dans le Mississippi (sud), selon CNN. En revanche 69% des hommes blancs et 74% des femmes blanches auraient voté Clinton, selon Fox, ainsi que 56% des électeurs de 65 ans et plus, selon CNN.
Ce dernier sondage a également révélé la dégradation des relations entre les deux camps, les partisans de Mme Clinton affirmant à 72% qu’ils ne seraient "pas satisfaits" si M. Obama devenait le candidat du parti pour la présidentielle, alors que 55% des pro-Obama ne seraient "pas satisfaits" d’une victoire de l’ex-Première dame, selon CNN.
"J’ai fait attention à dire que Mme Clinton était quelqu’un de capable, et que si elle emportait l’investiture, je la soutiendrais - je ne suis pas sûr que l’équipe de campagne de Mme Clinton ait la même approche", a déclaré M. Obama, interrogé sur CNN après sa victoire.
Après dépouillement dans 49% des bureaux de vote, M. Obama était crédité de 54% des voix contre 44% à Mme Clinton.
La primaire du Mississippi, devant permettre de répartir 33 délégués à la proportionnelle, s’est déroulée en parallèle avec une vive polémique sur les affirmations aux relents racistes d’une alliée de Mme Clinton.
"Si Obama était un homme blanc, il ne serait pas là où il est maintenant (..) et s’il était une femme (quelle que soit sa race) il ne serait pas là où il est, il se trouve qu’il a beaucoup de chance d’être qui il est", a dit à un journal californien Geraldine Ferraro, une ancienne candidate à la vice-présidence des Etats-Unis qui appartient aujourd’hui à l’équipe des financiers de Mme Clinton.
Mme Clinton, 60 ans, s’est contentée d’indiquer qu’elle n’était "pas d’accord" avec Mme Ferraro, tandis que sa directrice de campagne Maggie Williams voyait dans l’indignation de l’équipe de M. Obama des "attaques fausses, personnelles et politiquement calculées à la veille d’une primaire".
M. Obama estimé, dans un entretien au journal Morning Call d’Allentown (Pennsylvanie, est) qu’il ne croyait "pas que les commentaires de Mme Ferraro aient leur place en politique ni dans le parti démocrate".
"Quiconque connaît l’histoire de ce pays sait qu’ils sont de toute évidence absurdes", a ajouté M. Obama, le seul Noir à siéger au Sénat. Mme Clinton pour sa part a jugé "dommage que nos partisans de part et d’autre disent des choses qui s’égarent sur les questions de personne, (alors que) nous devrions continuer à nous concentrer sur les thèmes" de campagne.
Le stratège de Barack Obama, David Axelrod, a demandé que Mme Ferraro soit relevée de ses fonctions dans l’équipe Clinton, et souligné que "quand vous faites des clins d’oeil et des hochements de tête devant des déclarations insultantes, c’est un signal indiquant que tout est permis".
M. Axelrod a souligné en outre que la remarque de Mme Ferraro faisait suite à plusieurs incidents ayant déjà donné prise à des soupçons de racisme dans l’entourage de l’ex-Première dame.
M. Obama compte désormais 29 victoires contre 15 pour Mme Clinton, relancée par une triple victoire électorale la semaine dernière.
Il possède après sa victoire dans le Mississippi, le soutien de 1.606 délégués à la convention du parti démocrate, officiellement chargée de désigner un candidat en août à Denver (Colorado, ouest). Mme Clinton en compte 1.484, selon le site indépendant RealClearPolitics. Il faut réunir le soutien de 2.025 délégués pour s’assurer l’investiture.
La prochaine grande étape de la course sera disputée le 22 avril en Pennsylvanie (158 délégués).


Source : Linternationalmagazine.com avec Xinhua , publié le 12/03/2008

dimanche, mars 09, 2008

Racisme au travail : ruses et astuces des Néoracistes


Paranos, fainéants, victimisation…tout un imposant arsenal théorique, argumentaire et rhétorique existe aujourd’hui pour disqualifier les résistances qui se développent face au racisme. Et le monde du travail ne semble pas à l’abri de cette mode qui trouve ses fondements dans la théorie de la « déculpabilisation », appelée aussi « mauvaise conscience ». A travers elle, on tente de justifier l’injustifiable. « Dans tous les cas », souligne Pierre Tévanian[1], « ce qui est nié est l’existence de processus sociaux de production des discriminations, en toute légalité, et par les institutions de la République elles-mêmes, masqués par un principe officiel de non-discrimination, rituellement proclamé mais quotidiennement bafoué ». A l’image de ces logiques de discrimination raciale qui interviennent au moment de la prise de fonction de la personne discriminée.
Si certaines pratiques de discrimination avant le processus d’embauche (discrimination par le patronyme, le lieu de résidence, filtre téléphonique, Sigles BBR…) sont connues, la réalité des pratiques après l’embauche est en revanche mal maîtrisée. Bien que moins connues, ces formes post-embauche de discrimination qui peuvent parfois prendre une tournure violente à l’image du cas Théodore Nkambo, s’expriment à travers de nombreuses pratiques allant de la simple blague de mauvais goût au harcèlement moral et racial de la victime. Une double violence, à laquelle en général la victime n’est pas préparée ; et si elle n’est pas sanctionnée, peut compromettre sérieusement la carrière de celle-ci. Malgré l’absence de chiffres officiels, de nombreux témoignages permettent d’apprécier l’ampleur du phénomène.


Dans le procès OSRAM, Théodore Nkambo, camerounais d’origine, victime de racisme dans son lieu de travail, vient d’être honteusement renvoyé à son cher martyr d’immigré indésirable. La justice a choisi son camp : protéger non pas la victime mais les bourreaux. Ceux qui ont érigé le racisme envers les personnes marquées du sceau de la différence culturelle en règle de vie professionnelle. Si le déni, l’hypocrisie, la loi du silence au sein du corps professionnel est souvent avéré, les séances au prétoire ne garantissent pas non plus une réhabilitation de la personne confrontée à ces pratiques. A celle-ci, on oppose souvent, l’insuffisance de preuves, ou encore l’insuffisance professionnelle parfois après plusieurs années de bons et loyaux services dans l’entreprise, pour justifier le délit. De l’ethnocorporatisme à l’ethnonationalisme, il existe une palette de motivations à l’origine de ces pratiques qui s’incarnent en règle général dans un jeu sournois, insidieux de nuisance professionnelle avec l’objectif non avoué d’obtenir le départ ou la démission de la personne.

L’ethnocorporatisme : « j’ai du mal avec ces gens là … »

« On est mieux entre nous, j’ai du mal avec ces gens là… ». L’ethnocorporatisme, version pratique de la préférence nationale, c’est l’ensemble d’attitudes et de pratiques discriminatoires qui permettent de justifier l’inacceptable. Appliqué à la politique, il donne le raisonnement sarkozien suivant : « j’irai les chercher, quoi qu’ils aient fait ». Le sous entendu dans cette phrase c’est de dire, je les défends parce qu’ils sont blancs comme moi, criminels ou pas. L’ethnocorporatisme pourrait s’entendre comme le fait de promouvoir des rapports sociaux sur la base d’une vision racialiste, culturaliste. L’invocation des origines culturelles, nationales est souvent le moteur des personnes que nous appellerons volontiers de néo-racistes en raison du contexte socioculturel et politique des rapports postcoloniaux entre dominants et dominés. Le néo-raciste vit mal la présence dans l’entreprise d’un collègue noir par exemple qu’il juge incongru, injuste, illégitime. Il pense que le collègue de travail noir ou autre a pris injustement la place d’un français de souche. Le néo-raciste a fait sien le slogan frontiste « la France aux français ». Il en est même imprégné de façon irrémédiable. Le néoraciste est torturé par l’idée de devoir travailler avec une personne différente par sa culture ou sa couleur de peau. S’il est supérieur hiérarchique, son horizon indépassable d’appréciation des qualités de son collègue reste les références à sa culture, à sa couleur de peau. Le collègue devient un objet racisé sur lequel va être posé non pas un regard objectif sur la qualité de son travail, mais un ensemble de représentations stéréotypées confinant en tous points à une forme de prophétie auto réalisante.

Solidarité ethnique

Un fonctionnaire raconte avoir été victime d’un odieux chantage de la part d’un collègue blanc qui simulait un détournement de chèques afin de l’accuser lui (on sait que les Noirs sont voleurs). Le supérieur hiérarchique était au courant de ces pratiques, mais au nom de la solidarité ethnique entre blancs, il fermait les yeux au lieu de dénoncer et sanctionner l’auteur des faits. Ce type de néoraciste se retrouve souvent dans les administrations publiques où le tri sélectif étatique par les concours (l’anonymat est la règle dans certains concours de catégorie B OU A) ne permet pas d’éliminer les candidats qui ne sont pas BBR. « Tu as réussi a échappé au filtre étatique par le concours, l’administration (sous entendu le personnel t’attend au tournant ». C’est le discours du néoraciste dont l’attitude va souvent consister à guetter la moindre faille ou à organiser le système de faille compromettant afin de rendre crédible sa compagne de nuisance. Après 7 années de bons et loyaux services dans une entreprise de BTP, M.L., irréprochable dans son travail, s’est quand même vu licencié pour faute grave. Le Chef d’entreprise ayant prétexté la violence de ce dernier à son endroit (les Noirs sont violents). La plainte aux prud’hommes révélera que les accusations de violence étaient infondées. Le néoraciste trouve toujours un argument pour justifier son comportement. Un chef de personnel justifie de ne pas accorder une promotion à D.X. en raison de sa couleur de peau. Les postes à responsabilité étant de postes où il faut entrer en contact avec le client. Pour la petite histoire, D.X formait des nouveaux recrus qui voyaient leur statut évolué en peu de temps. Le cas de Laurent Gabaroum, est à ce titre éloquent, ce franco-tchadien, surdiplômé et plusieurs années de « boîte » à son actif, qui a vu sa carrière bloquée chez Renault.

« On est chez nous, entre nous… », les « petits meurtres entre collègues »

Les employés d’origine extra-européenne ou non blancs sont parfois l’objet de délires et de fantasmes. Ainsi un supérieur hiérarchique justifia la mauvaise note qu’il attribua à un collègue noir parce que celui-ci l’aurait pris pour un raciste. Une confrontation fut donc organisé au sommet entre l’employé et le supérieur hiérarchique. A la question de savoir, pourquoi avez-vous mal noté Monsieur X alors que son dossier fait état d’une personne sérieuse, rigoureuse et consciencieux dans son travail et toujours bien notée : l’intéressé rétorqua : « je croyais qu’il me prenait pour un raciste au vu de son attitude ». Et le collègue noir de dire « Ah bon, donc sur la base de votre imagination vous vous êtes mis dans la tête que je vous jugeais raciste, avez-vous des preuves de ce que vous avancez ? Le néoraciste fut démasqué. En réalité la question de l’attitude est plus profonde. Il est question que la personne discriminée adopte un comportement qui rassure les fantasmes du néo. « Il est sympa, on rigole bien avec lui ». Il est vrai que le Noir rigolard arborant en permanence un sourire niais à l’image du joyeux batteur de tam-tam rassure le discriminant parce qu’il correspond à un des stéréotypes liés à sa couleur de peau.

S’il y a parfois ce type de dénouement, la majorité des actes de discrimination subit l’omerta administrative, cette loi du silence qui condamne la victime au placard et à l’isolement et réconforte le bourreau dans ses forfaits quotidiens. En général le néoraciste sait que s’il est démasqué il risque gros. Il sait aussi compter sur le silence des autres collègues blancs ou de la hiérarchie qui le protégera ou le réconfortera quoi qu’il arrive. Pour cela, il organise un système de solidarité ethnique en faisant courir des bruits et des rumeurs sur l’employé non BBR afin d’obtenir du soutien ou de l’approbation pour ses actes. Et c’est là qu’intervient la solidarité ethnique. Si le bourreau jouit d’une bonne position hiérarchique, les collègues de travail adoptent soit le silence ou deviennent des co-auteurs des forfaits afin d’être bien vus. C’est le fameux parapluie ethno corporatiste. Les liens de race contre la loi, la justice, le droit. Le fameux « on est chez nous, entre nous ». Certains collègues saisis par le doute de ces rumeurs tentent d’agir parfois en organisant en sourdine de contre-enquêtes. On piège ainsi la personne visée par des « petits services ». Ce sont des « petits meurtres entre collègues » qui visent à vérifier les fantasmes du néo. « L’aide » des collègues « amis » peut aller du sabotage à la rétention d’information en passant par le « contrôle » et le « renseignement » des faits et gestes de la victime. Le seul exemple connu à ce jour où les collègues blancs ont manifesté de la solidarité envers un collègue noir discriminé est celui de Thierry Badjeck, licencié le 16 juin 2006 de son entreprise ADP pour avoir traîné en justice cette institution pour discrimination dans l’attribution d’un poste de cadre[2].

Et l’Administration, les syndicats ? « Tu dois subir jusqu’à crever, si t’es pas content, tu dégages ».


« Avez-vous déjà vu une personne piégée dans le marigot demander de l’aide à un crocodile ? ». Le dicton africain résume assez bien le jeu qui s’instaure entre la victime et le système hiérarchique censé le protéger. La France est un pays organisé en système de réseaux : réseaux professionnels, réseaux amicaux, réseaux familiaux, réseaux syndicaux, réseaux maçonniques etc. Une sorte d’institutionnalisation informelle du népotisme ou du clanisme. Les personnes mises en cause bénéficient souvent de solides appuis au niveau syndical et hiérarchique. Dans une stratégie cousue de fil blanc consistant à ménager le chou et la chèvre, les organisations syndicales tout comme l’Administration ont tendance elles aussi à faire prévaloir les liens de race. Il n’est pas besoin de citer des exemples pour prendre la mesure du phénomène. Et pour preuve, dans le procès de Thierry Badjeck contre l’Aéroport de Paris, les syndicats ont brillé par leur absence de soutien. Le syndicalisme français n’est rien d’autre que la continuation de l’administration sur le registre contestataire, mais il obéit aux mêmes règles et procédés que celle-ci. A propos de l’Administration, la discrimination ou le racisme, c’est la maladie honteuse, la MST dont elle ne veut pas s’avouer contaminée. Elle préfère le silence de la personne à sa parole. Surtout pas de vagues ou sinon c’est le suicide professionnel. En gros tu dois subir jusqu’à crever, si t’es pas content, tu dégages. D’où le recours fréquent au licenciement comme solution pour mettre fin aux conflits liés au harcèlement racial, discrimination et racisme.

Et la médecine du travail ?

Aujourd’hui la médecine professionnelle semble prendre réellement en compte cette souffrance de la personne discriminée en raison des compagnes de sensibilisation. Il arrive parfois que certains médecins professionnels tirent la sonnette d’alarme, mais cela ne résout jamais le problème puisque les personnes en cause ne sont et ne seront jamais sanctionnées.


Et la victime dans tout cela : le combat de David contre Goliath


Avoir le cul entre deux chaises, c’est jamais chose facile dans une vie. Entre protéger son emploi et se lancer dans une bataille interminable contre l’injustice et le respect dans laquelle l’on ne sera pas forcément entendu et gagnant relève d’un exercice d’équilibriste. Mal armées et outillées au niveau de leurs droits, les personnes parlent peu et adoptent une position de victime qui du coup conforte le bourreau. Mais c’est surtout la violence des pratiques qui désarment les personnes sur fond de haine raciale injustifiée. Il s’agit presque d’un viol tant il y a à la fois le déni et le mépris de la personne sur fond d’aryennisme. On peut dire que le racisme et la discrimination dans les entreprises se nourrissent aussi bien du silence des victimes que de la surdité du personnel. Que faire ? On évitera ici un catalogue à la Prévert des démarches à entreprendre dès le moindre incident. Toutefois, on peut recommander aux victimes d’éviter impérativement de rester isoler, consigner par écrit tout acte et avertir par courrier recommandé la hiérarchie dès le moindre écart avéré tout en s’avisant auprès d’un spécialiste le caractère raciste des faits en cause. Elles ne doivent pas oublier que c’est par la tête qu’on achève le serpent.


Et les organisations antiracistes ?


Toutes les études montrent en France que les organisations antiracistes ont échoué dans leur lutte contre le racisme et les discriminations, malgré les moyens colossaux dont elles peuvent bénéficier de la part des pouvoirs publics et le soutien des médias. Réduites aux rôles de plateformes de lancement de carrières politiques, elles sont progressivement devenues de tonneaux vides en raison du bruit qu’elles provoquent dans leurs actions. Celles-ci ne sont malheureusement pas aussi exemptes de hiérarchisation tant elles montrent une différence de traitement, d’empressement, de condamnation en fonction des affaires. Le déclin de l’action anti-raciste s’explique aussi par l’instrumentalisation communautariste de certaines associations.


La Halde et les nouvelles associations communautaires


La faillite du combat antiraciste a précipité l’émergence et la visibilité des associations d’essence communautaire. Pour autant la donne a-t-elle changé ? Ces associations disposent-elles d’expertise viable et crédible en matière de discriminations à l’emploi. Rien n’est moins sûr. Bien qu’il faille reconnaître leur bagout pour leur propre médiatisation, ce qui n’est pas en soi une mauvaise chose, il faut bien se rendre à l’évidence qu’il y a loin entre la dénonciation incantatoire et les actions concrètes (celles qui consistent par exemple à se porter partie civile ou à soutenir les personnes victimes). Toutefois, gardons nous de jeter la pierre, car ces associations sont encore jeunes et c’est l’avenir qui fera leur réputation. Quant à la Halde, instrument de sanction et de prévention, son rôle de bureau d’enregistrement des plaintes est déjà une bonne chose pour les victimes, mais son fonctionnement rappelle trop celui des organisations anti-racistes dont les slogans sont restés de vœux pieux.

article de Welobo






[1] Pierre TEVANIAN, La République du mépris, La découverte, 2007.
[2] Article afrikara du 21 juillet 2006, Discrimination aux ADP ? Historique, un Noir concerné et trois collègues blancs solidarisés accusent !

mercredi, février 27, 2008

L’univers mental de la société postcoloniale



Je vous propose de découvrir ce texte de Jean Pierre Kaya qui pose un regard au scalpel de ce qu'est devenue "l'afrique postcolonisée". Car nous sommes toujours, c'est moi qui souligne, dans la relation coloniale.


La situation globale dans laquelle se trouve la communauté africaine à la période postcoloniale, renforce le mépris dont les Africains sont victimes depuis des siècles, développe le racisme et l’exclusion qui frappent les immigrés africains dans le monde. Par Jean Pierre Kaya


La confusion institutionnelle et normative qui caractérise « l’Etat postcolonial », est aussi la raison directe qui explique dans un tel contexte, l’impossibilité d’une idéologie de l’intérêt général. A l’instar de la société coloniale, les acteurs politiques et les fonctionnaires de la société postcoloniale sont placés dans une situation psychologique, où tous les excès leurs sont permis. L’idéologie de la politique du ventre qui en résulte et dont nous avons indiquée la genèse dans notre texte intitulé : « Critique de la politique africaine », signifie littéralement : « faculté de manger ». C’est-à-dire d’engloutir autant que possible, aussi vite que possible, et par tous les moyens, le maximum de ressources nationales contrôlées par l’Etat. Notons que, dans la mesure où l’Etat concentre entre ses mains la totalité des ressources de la nation, et qu’il est, en même temps le plus grand employeur, par l’intermédiaire de sa pléthorique administration, la mentalité de ses fonctionnaires et de ses élites : « la politique du ventre », a fini inexorablement par imprégner l’ensemble de la formation sociale, procédant ainsi, à une déresponsabilisation généralisée et systématique de tous les citoyens.
Nous avons crée le concept de « ventripotent », pour qualifier l’individu, et définir la mentalité et le comportement qui le caractérisent en tant qu’adepte de la politique du ventre. Un « ventripotum », est un Homme gros et gras, sur le plan moral. Caractéristique qui ne se superpose pas nécessairement à son aspect physique. Sauf cas de corrélation linéaire.
I. Mécanisme du parasitage institutionnel
La sphère politico-administrative de la société postcoloniale nous apparaît ainsi comme un vaste marécage où grouillent et grenouillent des ventripotents de toute sorte et de toute taille. Nous savons que s’ils occupent des postes clés dans l’administration, c’est uniquement par le fait de la logique interne de l’Etat postcolonial : la promotion des médiocres. Donc leur présence à ces postes, les rend pleinement complices de la misère qui accable l’immense majorité de la population, qui elle, n’a pas accès au marécage, et ne participe donc pas à la redistribution obscure et illicite des ressources de la nation. De fait l’occupation essentielle des ventripotents est le parasitage de toutes les actions où l’Etat mobilise notamment les ressources financières. Il s’agit par exemple des politiques publiques, de l’aide d’urgence aux populations sinistrées, de la construction des infrastructures, de la conclusion des marchés tant au niveau national, qu’au niveau international etc.…
Ces actions donnent lieu à une activité très spéciale : le prélèvement des pourcentages. Les ventripotents sont ainsi passés maîtres dans l’art de manipuler les procédures administratives et financières afin de dégager le maximum de marge financière à leur bénéfice et au détriment de l’Etat. A l’arrivée, un projet qui théoriquement paraissait ambitieux sur le papier, ne donnera sur le terrain que de très médiocres résultats. Les infrastructures par exemple qui résultent de ces projets, sont réalisées avec un minimum de moyens et de mauvais matériaux.
Ainsi les routes construites sont d’une largeur ridicule et se détériorent au bout d’un bref usage, les immeubles sont informes, inesthétiques et souvent sans équipements adéquats. L’urbanisation des villes, se réduit à tracer l’emplacement des rues dans des zones à bâtir, aucun équipement ne vient compléter cette initiative : ni l’électrification, ni la distribution d’eau, sans parler des égouts. Rien n’est fait comme il faut. Tout respire la médiocrité. On comprend maintenant pourquoi : tous les projets sont financièrement parasités en amont.
II. Dynamique des réseaux
Ce parasitisme institutionnel, se pratique de préférence en groupe, parce que le groupe offre la sécurité du grand nombre [1] . Il s’exerce autour d’une ou de quelques personnalités influentes qui contrôlent un réseau. Les groupes et les réseaux se partagent méthodiquement et dans l’intérêt réciproque bien compris les grands départements de l’Etat. Nous avons déjà montré que l’accès à ces réseaux, ne prenait même plus l’apparence d’un recrutement. Il s’agit désormais, en réalité d’une véritable cooptation, qui s’opère sur des critères discriminatoires, permettant de préserver et de pérenniser les intérêts particuliers des membres du groupe. Ces groupes ayant pour objectif de durer et de préserver leur position, ne peuvent accepter en leur sein un cadre honnête, patriote et réformateur. Tous les postulants à un réseau, choissent automatiquement le silence qui est ici la marque de la loyauté. La moindre trahison se sanctionne par le déploiement d’une violence multiforme qui a pour but de briser et de détruire le membre récalcitrant.
C’est pourquoi les ventripotents préfèrent souvent la collaboration des spécialistes étrangers, sans conséquences pour eux. D’abord parce qu’ils possèdent une compétence dans la compréhension des mécanismes financiers notamment au niveau international, puis dans le montage de projets et marchés généralement farfelus, qui n’ajoutent qu’à la confusion générale. Ces collaborateurs étrangers, finissent par former de véritables grappes de parasites autour des administrations ministérielles, gouvernementales et présidentielles africaines. Leurs arrière-pensées, ne sont pas difficiles à décoder. Ils souhaitent eux aussi accéder à un pourcentage du pourcentage.
La mentalité des ventripotents est ainsi parvenue à occuper et à corrompre la totalité du champ idéologique de la société postcoloniale.
Le savoir traditionnel des féticheurs eux-mêmes, est désormais orienté et utilisé par eux uniquement dans le but de multiplier la capacité de nuisance des individus, afin qu’ils puissent accéder à un réseau, ou qu’ils puissent gravir les échelons de la hiérarchie pour accéder à un poste plus important, par la terreur mystique.
Au sein même des réseaux, règne donc une compétition sans règle, qui débouche sur une forte violence mentale. Les assassinats politiques en Afrique trouvent généralement leur explication dans ces luttes obscures et les changements sans fin d’alliances qui en résultent. On assiste aussi au sein des groupes et réseaux, à un véritable engouement pour les sociétés secrètes, généralement importées d’Occident, où l’on signe des pactes secrets , qui renforcent dans le domaine symbolique, la complicité qui règne sur le plan social. Par effet de démonstration, chaque citoyen de la société postcoloniale devient ainsi potentiellement un ventripotent. On peut imaginer que s’il accède à son tour à une haute fonction sociale, il n’aurait pas le choix, son comportement sera le même. Car l’idéologie du système exercera sur lui une coercition à laquelle il n’aura aucun moyen de se dérober.
III. Le dégré Zéro de l’échelle humaine
Enfin posons la question de savoir, que font les ventripotents de cette fortune illicite qu’ils accumulent sur le dos de l’Etat ? Rien de bien nouveau sous le soleil !
Conscients de l’instabilité politique qui règne dans la société postcoloniale, et donc de l’incertitude de leur propre sort, non seulement ils sont astreints à manger le plus vite possible, mais ils savent aussi qu’ils doivent mettre une grande partie de leur fortune à l’abri, dans des paradis fiscaux, ou simplement dans des banques occidentales pour en vivre des intérêts. Sur place en Afrique, ils se livrent à des activités les plus reposantes qui soient, convenant à leurs facultés mentales défaillantes : la spéculation foncière et commerciale. On ne rencontre jamais un ventripotent digne de ce nom se lançant dans l’industrie pour devenir un véritable entrepreneur. Cela lui coûterait trop d’efforts. Car son mode de vie l’a trop habitué à la facilité et à la médiocrité [2] . Aussi passe t-il le plus clair de son temps, à « mener la grande vie », en entretenant de nombreuses maîtresses, en plus de ses quelques épouses légitimes. Il devient rapidement le centre d’une populeuse « smala », et tombe ainsi définitivement dans l’inefficacité personnelle et dans une médiocrité intellectuelle sans fond.
Comment les autres peuples du monde jugent-ils l’Afrique postcoloniale à travers cet univers mental ?
D’après Axelle KABOU [3], en prenant simplement l’exemple des pays occidentaux, si l’on décode l’impensé véhiculé dans les romans policiers, la littérature populaire, les articles de presse, les reportages et les documents de télévision, et ce sans parler de la littérature africaniste elle-même, la communauté africaine contemporaine apparaît comme une immense bande de Nègres faméliques, maladifs, mais insouciants, aux mœurs décadentes, se complaisant dans la violence. Les caractéristiques les plus récurrentes du Nègre, les plus complaisamment répétées, sont alors : la lubricité, l’incompétence, l’inefficacité, l’improductivité, l’irresponsabilité ; bref la médiocrité.
Une telle attitude renforce les préjugés déjà anciens sur les Africains, « exprimés scientifiquement et philosophiquement » par HEGEL, GOBINEAU, LEVY-BRHUL etc. …
Le seul domaine pense-ton où le Nègre sait donner le meilleur de lui-même, serait le fait de jouer au Nègre. C’est-à-dire, amuser la galerie, en se donnant en spectacle : en courant aussi vite que possible, mais après rien. En donnant libre cours aux instincts les plus primitifs de violence sur un ring de boxe. Ou en frappant furieusement sur un tambour comme des échappés d’asile, pour se tortiller du croupion.
La société postcoloniale, incapable d’être une société productive, devient ainsi une société de danseurs et de chanteurs, fondée uniquement sur la recherche du plaisir. Mais aucune civilisation ne peut se fonder entièrement sur le principe du plaisir. Du point de vue psychologique, ce principe est lié à la mort [4] . Les civilisations qui l’ont adopté, se sont effondrées très vite. Pour qu’une civilisation fonctionne et dure, une hiérarchie doit être respectée entre le travail et le plaisir.
Or la société postcoloniale développe chez ses membres la déresponsabilisation comme trait de caractère fondamental de la psychologie sociale. Ainsi au lieu de la propension à travailler, à entreprendre, à innover, nous assistons impuissants à l’avènement d’une civilisation africaine postcoloniale fondée sur l’abus des plaisirs, sur une mentalité consumériste pathologique : « le boire et le manger », sur le parasitisme, la facilité et finalement la médiocrité, autant d’handicaps, qui détruisent le potentiel vital.
S’il est hors de question de répudier les qualités sportives ou musiciennes des Africains, nous espérons que dans l’avenir ces capacités se nourriront de la mentalité pharaonique, par la pratique de la MAAT, pour participer à l’épanouissement totale de l’Africain nouveau, dans le cadre de la Renaissance Africaine.
Ainsi, la situation globale dans laquelle se trouve la communauté africaine à la période postcoloniale, renforce le mépris dont les Africains sont victimes depuis des siècles, développe le racisme et l’exclusion qui frappent les immigrés africains dans le monde. Ces attitudes que les autres peuples affichent contre les Africains trouvent leur traduction sur le plan de la coopération internationale. Elles sont à ce niveau traduit par un concept anglo-saxon : « the business continuity ». Il s’agit d’une démarche cynique qui eut égard à la médiocrité qui règne en Afrique, impose de veiller uniquement aux intérêts financiers et économiques, sans se préoccuper des problèmes sociaux, des guerres et des conflits ethniques. Du côté francophone, cette attitude trouve son équivalent dans le concept d’ « afropessimisme ».
IV. Que faire de la société postcoloniale ?
Du point de vue de la théorie sociologique, il serait impropre de lui reconnaître la qualité de société. Car la société postcoloniale possède tous les symptômes d’une société malade. Cette société prive l’Homme de ses aspirations fondamentales : la liberté, la santé, l’éducation, et l’épanouissement : social, professionnel, intellectuel, moral et spirituel. Elle confisque à l’Homme Noir sa dignité. Enfin sa logique interne, fondée sur l’arbitraire, le despotisme, la violence et la prédation des ressources de la nation, s’oppose au développement des sociétés africaines. La société postcoloniale réduit les citoyens africains à l’incertitude, en entretenant un climat de violence endémique, elle les déresponsabilise en profondeur, en corrompant ses propres élites, et en répandant l’idéologie de la politique du ventre. Elle rend ainsi ses propres citoyens improductifs, en les handicapant mentalement et physiquement.
La société postcoloniale est bien une société malade, victime d’un retour puissant du refoulé de la communauté africaine. Elle est la preuve directe de la crise de la personnalité africaine. A l’instar de la société coloniale, elle ne possède aucune visibilité : ni historique, ni normative. Au sein de la société postcoloniale, les Africains ne parviendront jamais à s’accomplir. Car ils sont diminués par toutes les aberrations qui les accablent. Parce que sa logique interne, ainsi que son idéologie lui imposent une unique voie à suivre : le pillage et la prédation des ressources de la nation, au bénéfice d’une infime faction qui domine politiquement, parce que, pour se livrer à cette activité illicite la faction au pouvoir est obligée de corrompre et de transformer les élites et les cadres de l’administration en citoyens médiocres et irresponsables, il nous apparaît clairement, que la société postcoloniale n’est pas réformable. Si par miracle, elle se débarrassait de sa logique prédatrice, elle cesserait d’être elle-même, or cela n’est pas envisageable, car la volonté des dirigeants africains actuels de s’accrocher au pouvoir par tous les moyens, à travers une mascarade de démocratie, le prouve. Mais tant qu’elle demeure elle-même, elle s’opposera volontairement ou non au développement des sociétés africaines et à l’épanouissement des citoyens africains. Dès lors, aucun doute, n’est plus toléré, la seule réponse logique et plausible qui s’impose face à cette société malade, est la rupture définitive, irrévocable et sans regrets. Il est évident que, cette rupture ne peut être obtenue que par une démarche révolutionnaire, méthodiquement et théoriquement pensée d’avance.
La société postcoloniale en effet s’attire fatalement contre elle des mobilisations de type révolutionnaire en refusant au peuple de satisfaire son besoin légitime de participation politique dans la transparence, en le maintenant perpétuellement dans la terreur, la misère et dans toutes les carences. Une telle attitude, met fin au pacte social. Les citoyens sont désormais libres de réclamer la souveraineté nationale réelle dont-ils sont les véritables dépositaires, afin de la mettre en œuvre autrement.
Ainsi face à l’exploitation interne et externe dont-il est victime, le peuple africain est réduit à vivre d’expédients économiques. Ce peuple à qui on a longtemps confisqué sa liberté, sa dignité et toute possibilité d’épanouissement, doit se lever maintenant pour changer le cours de son destin et mettre en œuvre : « la Renaissance Africaine », par une Révolution Africaine préalable, qui doit retentir jusque dans le subconscient de chaque citoyen africain, pour proclamer le commencement d’une ère nouvelle.
MAO ZE DONG a dit : « Lorsque les idées justes s’emparent des masses populaires, Elles se transforment en puissances révolutionnaires ».




Source africamaat.com

lundi, février 25, 2008

Face à l’obamania, la presse française broie du noir



La presse hexagonale ne reste pas sourde à la déferlante obamania qui menace désormais d’emporter avec elle Hilary Clinton jusque là juchée sur sa digue de l’ex First Lady. Pour une fois, ce n’est pas le cyclone katrina qui menace les afro-américains, mais l’ouragan politique Obama qui emporte l’Amérique. On pourrait presque allègrement filer cette métaphore sudiste : « autant en emporte la couleur ».
En France, à en juger par la couverture médiatique, le phénomène semble aussi bien « noircir » les écrans télé que les pages de journaux. Noircir, c’est le cas de le dire, d’autant qu’au pays de l’Homme universel, le candidat noir désormais favori à l’investiture démocrate, de père kenyan et de mère blanche originaire de Kansas, intrigue, suscite émoi, admiration et parfois même des haussements d’épaules (Un Noir à la Maison blanche, c’est pas possible, !).

Pour expliquer le succès inattendu de l’africain-américain, Barack Hussein Obama, un journaliste de l’hebdomadaire Marianne, Roland Hureaux, y est même allé de sa petite analyse ethno-anthropologique digne de l’époque naturaliste :
« La vérité est qu'Obama n'est pas un vrai noir ! Il ne l'est que pour ceux qui pensent que la couleur de la peau a de l'importance. Sur le plan culturel, le seul qui importe, Obama est le contraire d'un noir américain. Non par sa mère blanche qui descendrait du président sudiste Jefferson Davis - mais aussi, plus classiquement, de paysans irlandais chassés par la famine de 1846 : aux Etats-Unis, une goutte de sang noir suffit à vous faire « black ». C'est de son père, Barack Obama Sr, homme politique kenyan de l'ethnie Luo, que le sénateur du Michigan a reçu une empreinte vraiment originale. Les Luos appartiennent à cette grande famille de peuples pasteurs d'Afrique de l'Est dits « nilo-hamitiques ». Si l'expression que de Gaulle appliqua une fois aux Juifs, « peuple sûr de lui et dominateur », a un sens, c'est bien dans cette région du monde. Les Nilo-hamitiques sont le contraire d'esclaves ou de descendants d'esclaves. Ces peuples fiers et guerriers (Parmi lesquels les célèbres masaïs) dominèrent longtemps les Bantous, cultivateurs et sédentaires. Ils résistèrent avec succès aux entreprises des marchands d'esclaves arabes de la côte swahili, quand ils ne collaborèrent pas avec eux. Eux ou leur cousins sont au pouvoir au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, en Ethiopie et au Soudan ( quoique les Nilo-Hamitiques soudains se prétendent Arabes). De grands hommes politiques de la région comme Julius Nyerere , fondateur du socialisme ujamaa ou Yoweri Museveni, actuel président de l'Ouganda, en sont. De même l'ancien archevêque de Dar-es-Salaam Lawrence Rugambwa, fait premier cardinal africain par une Eglise romaine qui s'y connait en chefs. Kabila, président du Congo est, dit-on, à moitié tutsi ».
Vous l’aurez remarqué l’observation journalistique de notre ami reporter plus héritier de Tintin au Congo que d’Albert Londres, tourne à l’obsession des origines. A la lecture des conclusions scientifiques de l’apprenti ethnologue, on conviendra avec Sophie Bessis que même si les « primitifs n’existent plus, la peur du sauvage n’a pas disparu pour autant ». L’historienne, qui a consacré une partie de ses recherches à la problématique de « l’Occident et les autres », sait de quoi il retourne. Selon elle, l’obsession classificatoire des occidentaux, issue du naturalisme du XVIII ème siècle, qui entreprend de racialiser les différences, a pour fondement cette culture de la suprématie. Au nom de cette culture, explique-t-elle, « même chez les Noirs, jugés les plus proches globalement de l’animalité, certains groupes sont plus humains que d’autres car moins « négroïdes » de traits et de couleur. La aussi, poursuit-elle, la science se charge d’apporter la preuve que la taille du cerveau est directement proportionnelle à la clarté du teint. Les Hamites de l’Afrique des Grands Lacs – catégorie raciale inventée de toutes pièces- se verront ainsi désignées comme les plus blancs des Nègres, avec les privilèges qu’un tel état implique ».
Comme l’on pouvait s’y attendre, difficile d’échapper à cette lecture chromatique des enjeux de l’élection américaine en France, tant ce pays a du mal à composer avec les différences. Ainsi, l’expérience américaine est-elle jugée contre-nature, n’allant pas de soi ; et que les américains se tromperaient presque en élisant, si c’est le cas, un président Noir.
S’il est difficile, en lisant les journaux français, de trouver quelques allusions aux programmes du candidat et des candidats, le détour par les titres et certains discours médiatiques permet de confirmer cette hantise du phénotype. Dans sa livraison du 04 février 2008, l’hebdomadaire le Point sous la plume de Patrick Sabatier joue les cassandre en essayant de noircir ses succès après la victoire du candidat démocrate en Caroline du sud : « Jusque parmi ses partisans, certains craignent que son triomphe en Caroline du Sud ne s'avère une victoire à la Pyrrhus. L'ampleur de sa victoire a en effet été principalement due aux Afro-Américains qui, dans cet État, constituent plus de la moitié de la base démocrate. Ils ont voté comme un seul homme à 78 % pour le candidat "noir. (…)Or ce "vote noir", s'il lui est indispensable, ne peut suffire à lui assurer la nomination, et encore moins à conquérir la Maison-Blanche. Le fait que la communauté afro-américaine vote pour lui comme un seul bloc peut au contraire entraîner une réaction de rejet dans une partie de l'électorat blanc, hispanique ou asiatique, et faire de lui le candidat "ethnique" qu'il ne veut pas être. (…)La fracture raciale apparue en Caroline du Sud, même si tout le monde, candidats et médias en tête, s'emploie à la minimiser, commence aussi à soulever des inquiétudes réelles chez les stratèges démocrates. ». La suite nous la connaissons, les victoires, par exemple, dans les Etats de Wisconsin et de l’Iowa à majorité blanche ont démenti cette prophétie auto-réalisatrice dont le quotidien Libération annonça la couleur quelques jours auparavant, avec ce titre « Obama, souffre-couleur des Clinton ». Relayant les propos du journaliste Ted Stanger, selon lesquels, les Etats-Unis ne seraient pas encore prêts à élire un Noir à la Maison-Blanche, France-Soir s’interroge sur l’illusion Barack Obama ? Dans son édition du 22 février 2008, le magazine l’Express enfonce le clou en annonçant la fin de la lune de miel entre Obama et les médias ? Dans ce portrait mi figue mi raison du sénateur de l’Illinois dans la presse française, l’Humanité tente de faire entendre un autre son de cloche avec ce titre « Surprise : l’espoir vient des Etats-unis : « La nouveauté Obama n’est pas n’importe quelle nouveauté : il s’agit de quelque chose qui explose le sens commun Américain, qui romps tous les schémas et les sentiments de masse, qui détruit et reconstruit sur des nouvelles échelles l’imaginaire politique, les symboles collectifs, les hiérarchies de valeurs, le relations entre politique et peuple ».

jeudi, février 21, 2008

Le Paris noir de Cédric Klapisch







Hommage aux mille et une facettes de Paris ou détail de trop ? Les clichés du noir parisien, maladroitement imposés à notre regard, dans le dernier film « Paris » de Cédric Klapish, apparaissent comme un odieux furoncle au milieu du visage de la ville lumière. Notre spécialiste de la comédie sociale a donc décidé dans ce dernier film de nous plonger dans son Paris à lui, mais un « Paris » qu’il semble entrevoir surtout à travers ses « binocles » de bobo franchouillard, avec le risque de grossir un peu les traits de certaines réalités. Parmi lesquelles, celle du clandestin camerounais. Au-delà de la galerie de portraits magnifiquement campés par plusieurs personnages (la boulangère, le poissonnier, le maraîcher, le prof d’histoire, le danseur, l’assistance sociale, l’architecte…), il est des images dont la charge symbolique mérite qu’on s’y attarde. Un « air de déjà vu », on dirait que notre réalisateur parigo cherche non pas « son chat » mais les travers de l’immigration africaine via le péril black. C’est presque bamboula et compagnie.

Curieux regard que celui qui « meut » le parisien Klapisch sur « l’hôte » africain, étrange représentation que celle du cinéaste sur l’immigré noir africain. Dans le Paris de Klapish, celui-ci est ramasseur de poubelles vit en couple avec enfants et attend l’arrivé d’un frère resté au pays bientôt clandestin et réfugié économique. Qu’il s’agisse de la traversée du désert de ce dernier ou de la présence du couple chez l’assistance sociale pour les allocs, la neutralité de la pellicule ne peut qu’être remise en cause. On semble retrouver là une version cinématographique du fameux « bruit et des odeurs », avec le braillement de la progéniture en toile de fond. Les échanges du couple en dialecte africain, lorsqu’il est question du nombre de personnes dans le foyer, sont un autre moment d’anthologie. Ce ramassis de stéréotypes misérabilistes vous bouche un coin. Notre guide parisien a sûrement voulu prendre des raccourcis. Car, l’immigré noir africain parisien, fut-il clandestin, ne serait se résumer à cette figure du mendiant à la prolificité génésique redoutable et gros consommateur d’allocs. Cette scène chez l’assistance sociale est assez emblématique de ce regard condescendant mâtiné de mièvrerie agaçante sur l’immigré africain. Au lieu de s’intéresser aux vraies causes de l’immigration africaine, on préfère, par mauvaise conscience, la caricaturer en montrant à la loupe les images tronquées de celle-ci.

Au-delà du combat sans issue, que livre ce jeune homme contre la maladie en l’occurrence Romain Duris, qui n’est qu’un prétexte pour introduire de la gravité dans ce portrait plutôt intime de Paris, Klapisch succombe vite aux déterminismes de son milieu. Il n’en sort d’ailleurs pas au point de rester prisonnier des images préfabriquées de son univers mental de bobo crypto - philanthrope qui se croit obliger de montrer le « Paris noir ». Histoire de dire que je n’oublie pas ces réalités là, plutôt ces « gens là », selon lui, tout aussi touchantes que les interrogations philosophico-nihilistes d’un prof d’histoire en mal d’amour et à l’affût de la fraîcheur. Tout comme le désespoir de cette assistante sociale joué remarquablement par Juliette Binoche élevant seule trois enfants et, qui a visiblement cessé de vivre depuis ses deux ruptures. Mais l’allusion à ce Paris noir s’apparente vite à un cheveu dans la soupe. Tant mieux puis qu’il s’agit d’un Paris plus fantasmé que vécu.

Le Paris noir de Cédric Klapisch est un « Paris » glauque, underground, sombre, miséreux, misérabiliste, sans issue, une grosse tâche sur la ville lumière. Le Paris noir de notre réalisateur est forcément un pari immigré, cet eldorado, que l’Africain se doit coûte que coûte d’atteindre, même au péril de sa vie en se jetant dans des embarcations de fortune au large de côtes marocaines. L’horizon du parisien noir est bouché, c’est une longue nuit d’enfer, de calamités, qui se termine chez le travailleur social en compagnie de sa tribu avec en ligne de mire les allocs. Pourtant depuis les tirailleurs sénégalais, bien de l’eau a coulé sous le pont de l’île de la Cité. D’histoire de Paris il est aussi question dans ce film. Faut-il rappeler que Paris doit son nom à la déesse négro-egyptienne ISIS. Oui Paris est la ville d’ISIS, Paris ou « Par Isis », en raison du culte de la déesse qui y fut pratiqué jadis. Paris, c’est aussi la ville du soldat inconnu, chair à canon, qui pourrait être l’aïeul de ce clandé dans l’auberge parisienne. Au-delà de la caricature du parisien noir, des clichés en vogue pour appuyer le discours de l’inintégrabilité du Nègre, il est des vérités qu’il est urgent de rappeler surtout en ces temps-ci où l’amnésie confine à une relecture par trop sélective et tendancieuse de l’histoire.


samedi, février 09, 2008

La République du mépris





Un livre intérressant de Pierre TEVANIAN pour qui veut comprendre les métamorphoses du racisme dans la France des années sarkozy. En voici quelques extraits :
Le racisme républicain peut par exemple être défini par des caractéristiques formelles : il procède par allusions, euphémismes, métonymies. Il a ceci de remarquable qu’il n’exprime pas frontalement de haine à l’encontre des Noirs, des Arabes ou des Musulmans, mais emprunte des détours et méprise plus qu’il ne hait. La haine ne lui est pas totalement étrangère, mais elle n’advient que dans des conditions particulières : lorsque les subalternes manifestent trop ostensiblement, effrontément, radicalement, leur prétention à l’égalité [1]. Le racisme républicain s’exprime le plus souvent sous la forme d’un discours « raisonnable » – ou simulant la raison – opposant de manière manichéenne des entités vagues : « la République » du côté du bien, et du côté du mal plusieurs entités tout aussi vagues (« la violence », « l’insécurité », « l’incivilité », les « caïds de banlieue », l’« intégrisme », le « communautarisme », la « victimisation », la « repentance », etc.) qui ont toutes pour point commun de se rattacher, par le biais de détours rhétoriques bien balisés, à l’immigration et aux populations issues des anciennes colonies. Ce discours structure un monde binaire d’une reposante simplicité, dans lequel même le plus « déboussolé » des « petits Blancs » trouvera aisément des repères et des consolations narcissiques, en opposant :
l’« ordre » au « désordre », la « sécurité » à l’« insécurité », le « respect d’autrui » à la « violence », la « force de loi » à la « délinquance », l’ « État de droit » aux « zones de non-droit » ;
le féminisme et la mixité hommes-femmes aux « traditions » patriarcales, aux « tournantes » et au « voile, symbole d’oppression » ;
l’« islam modéré » à l’« islam radical » (également nommé « islamisme » ou « intégrisme »), les « Lumières » à l’« obscurantisme », le « rationalisme » au « fanatisme », la « modernité » aux traditions « archaïques », la bonne religiosité, celle qui reste « intérieure » (c’est-à-dire invisible), aux expressions religieuses « ostentatoires » et aux tendances envahissantes de « l’islam politique » ; l’ « universalisme à la française » au « communautarisme à l’anglo-saxonne » ; la « cohésion nationale » et le « vivre-ensemble » à l’« éclatement », au « repli » ou à la « guerre ethnique » ;
le bon usage de la mémoire et de l’histoire à la « haine de la France », à la « victimisation » et à la « culpabilisation » qui s’exprime du côté des descendants de colonisés, et à l’« auto-flagellation », la « mauvaise conscience » et la « repentance » qui lui répond du côté des autres Français ; ou encore le bon usage du « devoir de mémoire » et la pleine reconnaissance de l’« unicité de la Shoah » à la « banalisation » de cette dernière et à la « concurrence des victimes ».
Ces séries d’opposition binaires, dans lesquelles la République tient systématiquement le bon rôle et l’« immigration » ou sa « descendance » tiennent tout aussi systématiquement le mauvais, forment les principaux registres du racisme républicain tel qu’il a pu se formuler ces dernières années : le registre « sécuritaire », le registre « féministe », le registre « laïque », le registre « mémoriel » et le registre « libertaire ».

Le patrimoine des chefs d’Etat africains en France







C’est un monde enchanté où l’on vogue d’une villa de 9 pièces avec piscine à Nice à un hôtel particulier de l’Ouest parisien. Un univers surréaliste peuplé de Bugatti payées cash plus de 1 million d’euros. Un microcosme constellé d’une myriade de comptes bancaires. Oligarques russes ? Rois du pétrole saoudiens ? Stars d’Hollywood ? Non : chefs d’Etat africains producteurs de pétrole pour la plupart, mais dont les populations comptent parmi les plus pauvres de la planète.

Le fait que des dirigeants du continent noir investissent dans l’immobilier en France, qu’ils séjournent à Paris dans un luxe inouï, que leurs familles bénéficient de largesses financées dans la plus grande opacité n’est pas une révélation. Mais, cette fois, l’inventaire de ce patrimoine vertigineux n’est pas dressé par des militants tiers-mondistes en lutte contre la "Françafrique". Il se lit dans les 34 procès-verbaux rédigés entre juin et novembre 2007 par les policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF).

Cette enquête policière, dont Le Monde a pu prendre connaissance, a été ouverte par le parquet de Paris en juin 2007. Elle faisait suite à une plainte pour "recel de détournement d’argent public" déposée en mars par trois associations françaises, visant cinq chefs d’Etat : le Gabonais Omar Bongo Ondimba, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Burkinabé Blaise Compaoré, l’Angolais Eduardo Dos Santos, et le Guinéen Teodoro Obiang.

Au fil des centaines de pages du dossier se dessine une singulière carte du Paris africain, sorte de Monopoly où les présidents auraient jeté leur dévolu sur les artères les plus huppées. Foisonnant et cossu, le patrimoine immobilier est surtout localisé "dans des quartiers à forte valeur marchande, soulignent les policiers. Paris 16e, 8e et 7e arrondissements pour Omar Bongo et son épouse, Paris 16e et Neuilly-sur-Seine pour Jeff Bongo [un des fils d’Omar Bongo], Le Vésinet pour le frère de Denis Sassou Nguesso, Courbevoie pour Wilfrid Nguesso [neveu du président du Congo] ou Paris 16e pour Chantal Compaoré [épouse du président burkinabé]".

La découverte la plus spectaculaire se situe entre les Champs-Elysées et la plaine Monceau, dans le 8earrondissement de la capitale. Là, un hôtel particulier a été acquis le 15 juin 2007 pour la somme de 18,875 millions d’euros par une société civile immobilière (SCI). Celle-ci associe deux enfants du président gabonais, Omar Denis, 13 ans, et Yacine Queenie, 16ans, son épouse Edith, qui se trouve être la fille du président congolais Denis Sassou Nguesso, et un neveu de ce dernier, Edgar Nguesso, 40 ans.

Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille, et 18 autres dont le président congolais et ses proches sont propriétaires. Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M.Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement. A Nice, une propriété "est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2), trois maisons (67,215 m2 et 176 m2) et d’une piscine", précise le procès-verbal. "Un chef d’Etat, en fonctions depuis quarante ans dans un pays pétrolier et qui a des revenus officiels importants, peut économiser suffisamment d’argent pour acheter plusieurs appartements à Paris, explique Me François Meyer, avocat d’Omar Bongo et de sa famille. Surtout avec les prix très bas de l’immobilier pratiqués il y a vingt ou trente ans."

Selon les policiers, le président Bongo dispose de quatre adresses distinctes à Paris. Ali Bongo, qui est son fils et aussi son ministre de la défense depuis 1999, est également propriétaire avenue Foch tandis que son épouse Edith possède deux immenses logements dans le 7earrondissement, non loin de la tour Eiffel. De Nice à Neuilly-sur-Seine en passant – souvent – par le 16e arrondissement parisien, l’enquête recense aussi les propriétés de Jean Ping, ex-gendre d’Omar Bongo et actuel ministre des affaires étrangères, et d’autres fils du président gabonais comme Omar-Denis junior et Jeff, ainsi que de filles comme Audrey, Yacine Queenie, ou petite-fille comme Nesta Shakita.

En comparaison de ce petit empire immobilier, les autres chefs d’Etat visés apparaissent comme de petits propriétaires. Discret, le président congolais Denis Sassou Nguesso ne fait qu’"utiliser", selon les policiers, la Villa Suzette du Vésinet (Yvelines). Cette coquette demeure de 485 m2 était juridiquement la propriété de son frère Valentin, jusqu’à ce que, quelques semaines avant le décès de ce dernier à la fin 2004, elle soit cédée à une société de droit luxembourgeois aux actionnaires anonymes.

Les enquêteurs ont également répertorié un appartement de 9 pièces acheté à Paris (17e) en 2007 pour 2470000 euros par l’épouse du président congolais Antoinette Sassou Nguesso. Ils mentionnent aussi le logement de 10 pièces à 1 600 000 euros acquis en 2005 à Paris par leur fils Denis Christel, ainsi que l’hôtel particulier de 7 pièces avec piscine intérieure à Neuilly-sur-Seine acheté 3,15 millions d’euros en 2006 par Julienne, leur fille cadette.

Les mêmes policiers n’ont découvert aucun bien immobilier appartenant au président angolais Dos Santos ni au Burkinabé Blaise Compaoré. Seule la déclaration d’impôt sur la fortune de Chantal, l’épouse de ce dernier, a montré qu’elle possède deux biens immobiliers à titre personnel dans le 16e arrondissement. Dans le même quartier, le président guinéen Teodoro Obiang est propriétaire d’un appartement. Epluchant les fichiers fiscaux et bancaires, les enquêteurs de l’OCRGDF ont non seulement dressé la liste des biens immobiliers, mais aussi des comptes bancaires accueillant en France les avoirs de dirigeants africains et de leur famille.
Ainsi, Edgar Nguesso ne possède pas moins de 12 comptes dont 7 courants. Mais aucun n’apparaît au nom de son oncle, le président du Congo. Son homologue gabonais, lui, est titulaire de 11 comptes ouverts à Paris, Nice ou Créteil dont 6 comptes courants.

Dans leur élan, visiblement ébahis par leurs découvertes, les policiers ont étendu leurs investigations au domaine des voitures de luxe, qui n’était pas explicitement visé par la plainte. Chez les concessionnaires Mercedes, Bugatti ou Aston Martin, ils ont retrouvé ce qu’ils n’avaient pas obtenu pour les appartements : les chèques et les virements ayant servi aux paiements.
"Le financement de certains véhicules apparaît pour le moins atypique", notent les enquêteurs, maniant l’euphémisme à propos de "ce parc automobile conséquent". Les deux Ferrari acquises pour près de 400 000 euros par Ali Bongo, la Maybach à 424 477 euros d’Edith Bongo, les trois Bugatti à 1 million d’euros pièce fabriquées spécialement pour Teodoro Nguema Obiang, le fils du président de Guinée équatoriale, ont été payés au moyen de chèques tirés par des sociétés au profil opaque.

De même, notent les policiers, Wilfrid Nguesso, neveu du président congolais, "règle le solde d’achat d’un véhicule Aston Martin type DB9 par un virement émis par Matsip Consulting", une société de droit luxembourgeois aux associés inconnus qui apparaît également comme propriétaire de la Villa Suzette du Vésinet.

Le fils du président de la Guinée équatoriale a, lui, acheté au total en France "une quinzaine de véhicules pour un montant estimé de plus de 5,7 millions d’euros", acquittés là encore par des virements de sociétés intermédiaires. Son nom, Teodoro Nguema Obiang, a été cité en 2004 dans un rapport du Sénat américain sur les transactions suspectes couvertes par la Riggs Bank qui, à Washington, gérait alors plus de 60comptes au nom des responsables de ce petit Etat pétrolier et de leur famille.

En fait de "financement atypique", les enquêteurs français se sont vivement intéressés au chèque de 390 795 euros tiré en février 2004 par la "paierie du Gabon en France" pour régler la "Maybach 57" (une marque allemande concurrente de Rolls-Royce) de couleur "bleu Côte d’Azur" destinée à "Madame la Présidente Edith-Lucie Bongo-Ondimba". A en croire ce chèque, dont la copie figure au dossier, l’argent public gabonais financerait le véhicule de grand luxe de la première dame du pays, qui n’a pourtant aucune fonction officielle.

Le même compte de la "paierie du Gabon" ouvert à la Banque de France et utilisé pour régler les frais de fonctionnement de l’ambassade à Paris a servi à financer la moitié d’une Mercedes à 75858euros dotée d’un "toit ouvrant panoramique" achetée en septembre 2006 à Paris par Pascaline Bongo, la fille du président, qui est aussi sa directrice de cabinet. Curieusement, le reliquat de 41 370 euros a été acquitté par un chèque signé de Me François Meyer, avocat du président Bongo. "Cela peut étonner, admet Me Meyer. Mais je peux faire des cadeaux à la fille du président Bongo, que je connais depuis vingt ans." D’où vient l’argent ? Au vu de ce somptueux état des patrimoines, la question de l’origine des fonds s’impose. L’apparente disproportion entre la richesse immobilière accumulée et les revenus publics des propriétaires aurait pu suggérer de poursuivre des investigations dans les comptes bancaires ayant permis pareilles transactions.

Le salaire mensuel officiellement versé par l’Etat gabonais au président Bongo ne se limite-t-il pas à 14 940 euros, selon l’hebdomadaire Jeune Afrique ? Celui du président Sassou Nguesso n’est-il pas de 30 000 euros, comme l’indiquent d’autres sources ? Quant à Teodoro Obiang, ministre de l’agriculture et des forêts de son père, ne perçoit-il pas officiellement 5 000 dollars (3 400euros) par mois, d’après des sources américaines ? Des investigations plus approfondies auraient dépassé le cadre de l’enquête préliminaire de police. Elles supposeraient l’ouverture d’une information judiciaire et la désignation d’un juge d’instruction. Une telle perspective a été écartée par la décision de classement, notifiée le 15 novembre par le parquet de Paris. Mais le dossier pourrait être rouvert si les associations parvenaient à déposer une nouvelle plainte, assortie cette fois d’une constitution de partie civile, comme elles en nourrissent le projet. Cette formule conduit automatiquement à la désignation d’un juge d’instruction, à condition que les plaignants prouvent leur "intérêt à agir".

Même si un juge d’instruction était désigné, de sérieux obstacles surgiraient immédiatement sur sa route. Outre l’immunité dont peuvent se prévaloir des chefs d’Etat en exercice – mais pas leurs familles –, la difficulté résiderait dans la mise au jour des opérations à l’origine d’éventuels détournements. Il faudrait enquêter en Afrique, où des infractions auraient été commises, notamment dans les comptes publics. "La preuve que l’argent public a financé des dépenses privées se trouve dans le pays que contrôle précisément… le bénéficiaire", résume un spécialiste du dossier.

Trois des cinq régimes concernés bénéficient du soutien indéfectible de Paris. Cet appui, renouvelé récemment par Nicolas Sarkozy, ne devrait pas fondamentalement être remis en cause par la récente sortie de Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la coopération, contre le "gaspillage des fonds publics" par certains Etats africains. Or une enquête destinée à faire la lumière sur d’éventuels "biens mal acquis" déborde rapidement les normes policières ou judiciaires. Elle suppose une véritable mise à nu de la relation franco-africaine.


Philipe Bernard

Source Lemonde.fr

mardi, octobre 23, 2007

L'esclavage supprimé du programme en primaire

L'esclavage n'est plus un "point fort" du programme en primaire

L’Education nationale est-elle frappée de schizophrénie en matière d’enseignement de l’esclavage? En avril, les profs d’histoire-géographie du secondaire recevaient une note pour préparer la journée commémorative de l’esclavage, le 10 mai. Une nouveauté introduite par la loi Taubira, et présentée à l’époque comme un symbole fort. Or, au mois d’avril également, le ministère publiait un arrêté visant à la refonte des programmes scolaires en primaire, qui rétrogradait de facto la place que l’on accorde à l’esclavage dans les manuels.
La traite négrière n’était, initialement, pas le seul point d’histoire concerné: dans son arrêté daté du 4 avril, la direction générale de l’enseignement scolaire a en fait supprimé parmi la liste des points fort estampillés comme tel dans les programmes du cycle III, non seulement l’esclavage, mais aussi la Shoah. Tollé.
Il faut laisser passer l’été pour découvrir la suite de ce feuilleton très discret: en septembre, la commission chargée de remanier les programmes fait marche arrière. L’extermination des juifs pendant la Seconde guerre mondiale fait son retour dans la liste des points forts. Mais pas l’esclavage.
"Simplification hautement symbolique"
Introduite dans les programmes par la loi de 2002, la question est souvent enseignée en niveau CM1. La référence à la période figure toujours dans les programmes d’histoire moderne. Mais plus dans la liste des points forts essentiels de l’enseignement primaire. Une liste officielle qui permet aux enseignants de vérifier le niveau des connaissances qu’ils peuvent exiger de chaque élève. François Durpaire, historien et président de l’Institut des Diasporas noires francophones y voit une "simplification hautement symbolique". Enseignant l’histoire à l’université de Cergy Pontoise, il parle de "cacophonie" et a décidé de médiatiser le problème:
"Au moment où l’on demande aux enseignants de faire toute sa place à l’esclavage à l’école, on l’exclue des grandes questions à faire mémoriser aux élèves. C’est un signe qui est donné. Or il faut veiller à ce qu’on retiendra des programmes au bout du compte."
L’historien François Durpaire entend ne pas céder à une certaine "paranoïa" mais souligne l’importance de ne pas édulcorer l’Histoire telle qu’elle est racontée aux élèves:

Au ministère, on a mis plusieurs jours à s’assurer de quoi il s’agissait, minimisant d’abord la portée de ces listes de points forts. Puis on a fait valoir qu’il ne s’agit que d’un souci de simplification pour abréger les textes officiels. Avant de confirmer que des modifications étaient bien en cours dans les programmes, et notamment cette suppression du terme "esclavage" dans la liste des points forts, même si "le temps des découvertes, qui correspond à la période, est bien maintenu". "Mais c’est une question essentielle, et il faut s’interroger sur la meilleure manière de parler d’un tel sujet. Un document complémentaire doit venir expliciter les façons les plus opportunes d’aborder la question", fait valoir le Bureau des écoles, qui gère les programmes du primaire.
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Par Chloé Leprince, Rue89, 01/10/2007

dimanche, octobre 14, 2007

Les tests ADN ou le triomphe d’une conception raciologique et ethnique de la Nation


Sous le pretexte fallacieux de lutter contre les fraudes, l'amendement Mariani sur les tests ADN, encadrant désormais l'entrée des candidats au regroupement familial, symbolise la première dérive raciste et xenophobe d'une conception de la Nation qui se veut non plus républicaine mais ethnique.


"Il y a plus de problème pour un enfant d'un immigré d'Afrique noire ou d'Afrique du Nord que pour un fils de Suédois, de Danois ou de Hongrois. Parce que la culture, parce que la polygamie, parce que les origines sociales font qu'il a plus de difficultés". Ces propos, tenus dans l’émission politique « A vous de juger » en novembre 2005 par l’ancien candidat à l’élection présidentielle, Nicolas SARKOZY, devenu entre temps président, annonçaient déjà la couleur. De ce qui allait s’imposer comme une véritable dérive de la conception française de la Nation. Premier jet de celle-ci : l’amendement Mariani sur les tests ADN. Qui ne sont qu’un pallier parmi d’autres mesures à venir sur le dispositif de lutte contre l’immigration d’origine extra-européenne en général et sud-saharienne en particulier. Destiné aux ressortissants de l’Afrique noire, ceux qui ne sont pas assez entrés dans l’histoire (discours de Dakar, tout le monde s’en souvient), ce dispositif de lutte contre l’immigration subie est d’abord un clin d’œil politique à l’opinion publique nationale manipulée par les médias officiels qui distillent les thèses nauséabondes d’une certaine « haine imaginaire » qu’entretiendraient les citoyens de couleur à l’endroit de la France (Souvenez-vous des ratonnades anti-blancs). Il s’agit donc pour la droite majoritaire de poser un acte politique fort au sujet de la question immigrée devenue l’aune à laquelle se mesure et se juge aujourd’hui en France « le sérieux » d’un gouvernement en matière de gestion de la Cité. En filigrane, on l’aura compris, si la France va mal c’est d’abord à cause des immigrés d’Afrique noire « estampillés gros consommateurs d’allocs dans l’imaginaire du français de base », à qui l’on fait endosser la responsabilité du trou de la sécu, des déficits publics, du chômage de Madame Michu, bref de la crise qui touche les ménages français.
La banalisation de cette vision politique de l’immigré africain a fini par ouvrir la brèche à des idéologies régressives comme la conception ethnique de l’identité française dont le FN n’a plus le monopole. Au-delà de celle-ci, ce sont même les fondements de l’Etat-nation français qui sont entrain d’être démantelés avec en toile de fond la marginalisation, la criminalisation, voire la diabolisation des couches de population d’origine extra-européenne. L’enjeu est de taille. Pourtant, « la nation historique moderne française - symboliquement née avec la révolution française et qui a connu son épanouissement en Europe occidentale jusqu’à la première guerre mondiale - a été une forme politique qui a transcendé les différences entre les populations qu’il s’agisse des différences objectives d’origine sociale, religieuse, régionale ou nationale (dans les pays d’immigration) ou des différences d’identité collective, et les a intégrées en une unité organisée autour d’un projet politique commun »[1]. Aujourd’hui tout cela n’est plus que vieille histoire et qu’il faut stopper à tout prix le polygame africain, érigé à tort en symbole absolu de la désintégration culturelle et politique de la France. Les thuriféraires de l’instrumentalisation politique de la question immigré ont vite fait de trouver en lui le coupable idéal du « mal français », ignorant pour certains qu’ils sont eux-mêmes des citoyens dont les parents étaient étrangers. Mais que signifie donc cette réorientation conceptuelle de la Nation française éloignée de l’expérience sociale ?
En effet, l’élargissement de l’espace social national, - dans les démocraties occidentales, conséquence directe de la stabilisation du phénomène des flux migratoires, de l’accélération du processus européen d’intégration communautaire concrétisé, entre autre par le projet de l’élaboration d’une politique commune européenne de l’immigration prévue par le traité de d’Amsterdam ainsi que les effets de la mondialisation, - a posé avec force la question de la présence et de la place des minorités ethniques en Europe. Leur sédentarisation et leur installation progressive depuis l’arrêt officiel de l’immigration de travail en 1974, ont débouché sur les questions autour de leur citoyenneté et de leur participation à la vie politique. Par ailleurs, ces minorités sont accusées à tort de entrer en concurrence avec les nationaux de souche européenne dans divers domaines dont celui de la reconnaissance symbolique par l’Etat qu’elles veulent, en plus, semble-t-il, condamner à la repentance. L’irruption presque brutale dans le débat public du passé colonial de l’Etat français était un signe avant-coureur qui a mis en lumière le projet en sourdine d’une redéfinition des frontières symboliques entre nationaux de souche et nationaux extra-européens. Le but étant de créer une sorte d’ennemi intérieur qui serait en l’occurrence l’étranger non européen bouc émissaire choisi pour endosser la responsabilité des maux dont souffre la France.
Ce discours d’une France en état de siège plombant sous la fracture ethnique, est vulgarisé par une certaine élite politique et intellectuelle très médiatisée. Il vise à accréditer l’idée que si la France n’avance pas, c’est parce que de hordes sauvages sorties de la brousse lointaine africaine sont venues la coloniser, et que celles-ci annoncent dans un futur proche le péril français sous l’effet du communautarisme grandissant. Impensable aux pays des droits de l’homme, la citoyenneté de couleur ne saurait être compatible avec la vision d’une nouvelle France qui ne peut se reconstruire que sur la base d’une opposition « Eux » et « Nous ». D’où la création d’un ministère associant ignoblement les notions de l’immigration et de l’identité nationale. D’où l’exhumation récente, aussi, des fantasmes antédiluviens largement médiatisés sur l’(in)humanité nègre qui vont de la bite aux odeurs en passant par leurs coutumes et leur mentalité prélogique.
Alors que les fantômes de la barbarie nazie continuent de hanter les vieilles nations européennes, il est surprenant de voir, en France, l’exhumation, à travers les tests ADN, des procédés ignobles de tri sélectif ethnique qui ciblent et stigmatisent une catégorie de la population. Est-il besoin de rappeler que c’est le recensement de la population selon une classification ethnique et raciale qui avait permis les manipulations politico administratives sous le régime de Vichy. La classe politique française semble décidément avoir la mémoire courte, en fournissant une interprétation ethnique comme réponse face au défi multiculturel. Si jusqu’à Si jusqu’à hier, la conception française de l’intégration avait toujours cohabité avec une vision pluriethnique du corps social, force est de reconnaître que l’instrumentation politique de la question immigrée, a précipité celle-ci vers une impasse. Celle de la crispation de « l’identité française » désormais repensée sur les bases tendancieuses de la génétique.

C. N.



[1] Dominique Schapper, cité par Mohand Khellil, sociologie de l’intégration, PUF,1997.

mardi, octobre 09, 2007

Mamadou, tes papiers !



Scènes de vie courante : dans le Limousin la cueillette de pommes tourne à la rafle de Négrillons

Concèze. Un bourg situé dans le département de la Corrèze coincé entre la Dordogne et le Limousin à une demi-heure de route de Brive la gaillarde. Ce petit village fleuri de quelques 400 habitants, connu pour sa production de pommes, a été le théâtre, le vendredi 21 septembre 2007, d’un événement un peu étrange. Une dizaine de policiers en uniforme ont pris d’assaut l’île des vergers pour cueillir non pas le célèbre fruit biblique défendu mais le travailleur clandestin. Une espèce qui paraît-il y pousse en cette période de cueillette. Du jamais vu de mémoire de Concézards habitués au bruit des tracteurs et au meuglement des vaches qui peuplent les près verdoyants de ce havre de pommiers perdu au fin fond du limousin.

« Nous sommes sous l’ère Sarko, Mamadou tes papiers ! »

Le spectacle débuta vers 7h30 de cette journée du 21 septembre pas franchement aux pommes avec l’immobilisation de l’autocar des cueilleurs venu de Brive à hauteur de Objat, une commune située à quelques encablures du fief limousin du rugby. Le spectacle aux allures de rafle avait de quoi surprendre plus d’un cueilleur encore endormis au crépuscule du jour, malgré le son bourdonnant de la radio. Interrogatoire et traditionnel contrôle d’identité s’ensuivent. Le malaise est perceptible chez la plupart des forçats des champs, quelques timides chuchotements fusent en guise de protestation. Des échanges s’improvisent entre cueilleurs. Mais rien de plus. « Nous sommes sous l’ère Sarko, Mamadou tes papiers ! », ironise un cueilleur. « Moi je suis blanc, je suis français » fait valoir un jeune passager à l’endroit de son collègue qui le taquine sur ses origines. Détail éminemment important. On avait presque failli l’oublier surtout par les temps qui courent où il vaut mieux descendre du Cro-Magnon que du Grimaldien bien que le premier soit issu du second. Quelques passagers sont en règle, d’autres pas, et c’est une liste de noms qui servira de trace aux officiers de l’ordre pour confondre les indésirables venus manger le pain des français. On crut le temps d’une journée de travail l’incident clos. Mais c’était sans compter avec le zèle presque ridicule des forces de l’ordre venues avec la ferme intention de nettoyer les champs de pommes au karcher. Au grand dam des cultivateurs qui durent faire le pied de grue jusqu’en milieu de matinée. La navette affrétée par le Conseil général de la Corrèze pour le transport des cueilleurs ne terminera sa tournée des champs que vers 9 h, soit une heure de retard par rapport à l’horaire d’embauche habituel.


En situation régulière, mais embarqué sous forte escorte policière

A 15 heures tapantes, le bruit feuilletant de la cueillette de la pomme laisse étrangement place à celui intimidant des bottes. Annonçant la couleur des échanges « feutrés » mais glaciaux entre certains cueilleurs « noirs » et agents de l’ordre. Pickings et pallox laissent place le temps d’un interrogatoire aux policiers qui leur volent outrageusement la vedette. Un silence de cimetière s’abat sur Concèze. Le malaise s’installe, on sent à travers le creux des orbites de l’énervement, de l’agacement. Les exploitants agricoles sont déroutés, certains ne comprennent rien à cette visite inopinée qu’ils assimilent à une forme de malédiction. Ils craignent leur réputation. Combien avez-vous de travailleurs ? S’empresse de demander un gendarme zélé et manifestement content d’exécuter son numéro de shérif yankee à un cultivateur. Le regard se voulant en plus promeneur vers les bois alentour. A la recherche d’un potentiel « gibier noir » non autorisé dissimulé dans la brousse limousine. Monsieur N.G*. répond six. La vérification est aussitôt faite sur les déclarations transmises auprès de la MSA (Mutualité sociale Agricole). Deux cueilleurs sont d’entrée de jeu suspectés et comme par hasard, il s’agit des Noirs. De quoi tomber dans les pommes. Encore des Noirs. Des mamadous pommés au milieu des champs, seuls et impuissants face à l’adversité, à l’injustice, travailleurs immigrés abonnés aux humiliations et vexations, affublés de toutes sortes de noms d’oiseaux qu’il serait ici inutile de rappeler. L’un d’entre eux en fera les frais. F.B., marié et père de famille en situation REGULIERE. « Vous arrêtez tout maintenant » ! « Vous arrêtez de téléphoner ! » « Vous avez votre titre de séjour ! » « Où sont vos affaires ? » « Vous savez que vous n’avez pas le droit de travailler ! » tonne l’agent de l’ordre en direction de F.B*. L’intéressé avait pourtant déjà signalé dès le premier contrôle de l’aube qu’il n’avait aucun papier sur lui. Sa nouvelle carte vitale avec photo et les photocopies de son livret de famille ne lui donneront malheureusement pas quitus. Il sera embarqué sous forte escorte policière sans la moindre explication, délogé de son lieu de travail, humilié devant les collègues. Inutile de rappeler que de nombreux collègues blancs n’avaient pas leurs papiers sur eux. F.B. quittera la gendarmerie deux heures plus tard, après une énième re-vérification de son identité et après avoir été traîné dans la boue de Concèze tel un malfrat. Dans son for intérieur blessé résonne encore ce refrain que tout afrodescendant connaît désormais par cœur : « pourquoi moi Mamadou je dois me justifier au pays du colonisateur qui n’a pas encore quitté le mien qu’il continue de piller en toute liberté». Les « mâchures » de pommes devenant à jamais des véritables blessures de peau.



C. N.
* Les personnes citées souhaitent garder l’anonymat.

lundi, octobre 08, 2007

La déclaration des droits de l'homme en swahili


Kifungu cha 1
Watu wote wamezaliwa huru, hadhi na haki zao ni sawa. Wote wamejaliwa akili na dhamiri, hivyo yapasa watendeane kindugu.

Article 1er
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Kifungu cha 2
1) Kila mtu anastahili kuwa na haki zote na uhuru wote ambao umeelezwa katika Taarifa hii bila ubaguzi wo wote. Yaani bila kubaguana kwa rangi, taifa, wanaume kwa wanawake, dini, siasa, fikara, asili ya taifa la mtu, mali, kwa kizazi au kwa hali nyingine yo yote.
Article 2
1) Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2) Juu ya hayo usifanye ubaguzi kwa kutegemea siasa, utawala au kwa kutegemea uhusiano wa nchi fulani na mataifa mengine au nchi ya asili ya mtu, haidhuru nchi hiyo iwe inayojitawala, ya udhamini, isiyojitawala au inayotawaliwa na nchi nyingine kwa hali ya namna yo yote.
2) De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.
Kifungu cha 3
Kila mtu ana haki ya kuishi, haki ya uhuru, na haki ya kulindwa nafsi yake.

Article 3
Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
Kifungu cha 4
Mtu ye yote asifanywe mtumwa au mtwana; utumwa na biashara yake ni marufuku kwa kila hali.

Article 4
Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.


Source afrikara

lundi, septembre 17, 2007

Pesticides : le scandale qui empoisonne les Antilles



Les pesticides sont-ils à l'origine d'un désastre sanitaire en Martinique et en Guadeloupe ? C'est ce qu'affirme le professeur Belpomme, cancérologue qui rendra public demain à l'Assemblée un rapport accablant sur cette affaire.

Des morts avérés, des cancers de la prostate en surnombre, des femmes enceintes et des nouveau-nés contaminés, des sols et des eaux durablement pollués... Le scandale du chlordécone, ce puissant pesticide massivement utilisé aux Antilles, que notre journal a révélé le 28 août, prend désormais une tout autre ampleur. C'est ce qu'affirme aujourd'hui le professeur Belpomme, un cancérologue français de renommée internationale, pour qui l'usage généralisé des pesticides aurait provoqué des dégâts irrémédiables en Martinique et en Guadeloupe. Après avoir conduit une mission aux Antilles au printemps dernier, à la demande d'associations écologistes, le scientifique - qui rendra public demain à l'Assemblée un rapport* explosif de 52 pages - assure même que cette « affaire » dépasse de loin celle du sang contaminé. Au coeur des débats du prochain Grenelle
Selon lui, l'ensemble des populations insulaires se trouve « empoisonné », notamment par le chlordécone (interdit en métropole en 1990, mais seulement en 1993 aux Antilles et utilisé clandestinement jusqu'en 2002) ainsi que par le paraquat. Pis : la durée de vie de ces produits chimiques s'étalant sur des siècles, les conséquences sanitaires devraient se faire sentir longtemps, y compris sur les générations nées après l'interdiction du chlordécone.
Même si aux Antilles le dossier pesticides est encore tabou - il a fallu plusieurs années pour que la justice locale déclare recevable une plainte - en métropole, l'affaire agite sérieusement le milieu politique. Contrairement à ses prédécesseurs, Michel Barnier, le nouveau ministre de l'Agriculture, vient de faire interdire le paraquat et promet des aides pour dépolluer les sols. Au ministère de l'Environnement, Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet ne dissimulent pas « l'ampleur » du dossier. Enfin, chez les producteurs de bananes antillaises, on se dit désormais prêts à lever le pied, sous condition, sur les pesticides. Le sujet est plus brûlant que jamais : les pesticides et leur usage massif en France seront au coeur des débats du prochain Grenelle de l'environnement, dans moins d'un mois. * Rapport d'expertise et d'audit externe concernant la pollution par les pesticides aux Antilles : conséquences agrobiologiques, alimentaires et sanitaires, et propositions d'un plan de sauvegarde.


Source leparisien.fr